J’ai vraiment cru qu’on ne poserait jamais les pieds sur le tarmac de l’aéroport de Dublin, vendredi dernier. Ce n’est pourtant pas faute de s’être levé à 5h du matin, d’avoir avalé à la va-vite un bol de thé et quelques céréales, chargé hâtivement nos valises dans le coffre de la voiture et roulé dans la nuit glacée sur une route totalement déserte. Arrivés à Nantes une heure et demie avant le départ (supposé) de l’avion, les premiers ou presque à checker nos bagages et retirer nos cartes d’embarquement, nous nous précipitons pour passer la douane, et comme des gosses impatients au matin de Noël, nous frétillons d’enthousiasme sur nos strapontins à l’idée de partir, enfin, tous les deux, en amoureux, pour une destination qui me faisait rêver depuis longtemps, et que MrChéri brûlait d’envie de me faire découvrir.

Au fur et à mesure que le jour blafard se lève, la salle d’embarquement se remplit doucement. Aux hommes et femmes d’affaires ont vite succédé de petit voyage en Irlande.

A 8h30, un panneau lumineux nous informe que l’avion est retardé d’une demi-heure. Puis d’une heure. A 9h, heure initialement prévue pour décoller, nous savons déjà qu’il ne faudra pas espérer partir avant midi. L’aéroport de Dublin a été fermé toute la nuit à cause de la neige, et ce matin, les pistes sont encore gelées, clouant les avions au sol.

Qu’à cela ne tienne, le match n’étant que le lendemain, les supporters n’ont pas l’air de prendre ombrage de la tournure des évènements. Encore bloqués pour quelques heures, on nous autorise à passer la douane dans l’autre sens, et aller faire passer le temps au bar, rapidement envahi de zozos goguenards. MrChéri et moi commandons sagement une tasse de thé, et ouvrons nos bouquins.

Ceci dit, quand nous avons vu à droite nos voisins de table déboucher une bouteille de whisky alors qu’il n’était même pas 11h, on a su – si on en doutait encore – qu’on n’était définitivement pas en partance pour un trip mystico-découverte de la Terre Sainte organisé par Le Pèlerin Magazine. La riposte de la table à gauche ne s’est pas faite attendre, avec une pleine bouteille de Ricard ouverte dans une salve d’éclats de rires. Whisky à droite, Ricard à gauche, le match Irlande / France commence avec 24 heures d’avance ! On s’échange le dernier Midol contre l’Equipe du jour, on commente les sélections, on élabore de subtiles tactiques de jeu. Cette ambiance bon enfant me rappelle ma jeunesse toulousaine, bercée par la quête annuelle du Bouclier de Brennus.

Très vite le ton monte, les chansons paillardes se succédent dans les vapeurs d’alcool de plus en plus fortes. Les serveurs ont fui depuis longtemps derrière le comptoir, les autres voyageurs n’osent poser ne serait-ce qu’un orteil dans ce tripot improvisé. Un peu saoulée moi aussi, je colle mon Ipod sur mes oreilles, avec les Kooks au maximum, ambiance résistance rock’n roll au PMU du coin. Et j’échange des SMS avec mes copines, je ne peux pas ne pas partager ces scènes surréalistes :

11h30 : « Avion blindé de supporters. 3h de retard cause neige. Whisky à l’apéro, ça commence fort, très fort ! »

12h30 : « Pas encore partis. La moitié de l’avion est déjà bourré et chante la b*te à dudule. Au secours ! (vive le rugby) »

En désespoir de cause, le vol étant encore repoussé aux calendes grecques, on se jette sur un pauvre sandwich et on prend notre mal en patience. Bon, j’avoue, voir mes compagnons d’infortune tituber de plus en plus me fait rire. J’aime bien cette ambiance un peu folledingue et survoltée. Personne ne râle, incroyable, non ?

A 14h30, on nous appelle enfin, on va pouvoir embarquer. Au moment de passer le portillon, le portable de MrChéri sonne. C’est l’hôtel où nous devons passer les 5 prochaines nuits. Il y a eu un petit problème de réservation, notre chambre a été donnée à quelqu’un d’autre, et VI Nations oblige, l’hôtel est over-booké !! Mais ne paniquons pas, notre interlocuteur nous a trouvé un autre hôtel très trèèès bien, on sera reçus comme des rois. Heu, OK. Sauf qu’impossible de comprendre le nom du bouge en question, ni son adresse, et que la personne au bout du fil ne nous enverra jamais le SMS d’info demandé.

Bon, on verra ça quand on sera sur place, là il est plus que temps d’embarquer. 6 heures de retard, on ne va plus moisir longtemps ici. Dans l’avion, les supporters sont déchaînés, ça chante, ça gueule, ça s’envoie des vannes alcoolisées entre les rangées. Jamais vu un boxon pareil ! Les hôtesses, aimables comme des portes de prison (vive l’hospitalité des compagnies low cost), tentent de maintenir un semblant d’ordre, au milieu des cris et des chants de guerriers gaulois. Nos voisins de siège qui ont eu maille à partir avec la douane et le steward ont à coeur de le faire savoir à l’avion entier. Youhou, ça déménage !

Enfin, il est 15h30, l’avion décolle, et les esprits s’apaisent un peu… l’ivresse des hauteurs remplace peu à peu celle de l’anisette maltée. (Les plus saouls ronflent déjà, en fait). Je profite du paysage, c’est magnifique, et au dessus de l’Angleterre, on aperçoit la neige entre les nuages.

L’arrivée en terre irlandaise se fait sans encombre. Il y a heureusement un office du tourisme au sein même de l’aéroport, et un type charmant se charge d’appeler notre hôtel et nous explique comment aller à celui qui nous a été finalement attribué. Il s’extasie, d’après lui on ne perd pas au change, bien au contraire, c’est un luxueux 4 étoiles et nous n’aurons aucune charge supplémentaire. Le seul souci, c’est qu’il n’est pas en pleine ville comme le premier que nous avions réservé, mais à la périphérie de Dublin, à 20 minutes de bus du centre historique !

Un peu dégoutés, mais trop crevés pour râler efficace après cette longue journée d’inaction, on monte dans un bus, et on roule, longtemps, très longtemps, trop longtemps, jusqu’à notre hôtel. Et là, à l’arrivée, paf, le chien le choc :

Ah oui quand même, c’est un palace, donc !

On traverse le parc gelé, à peine éclairé par la Lune et on débarque, comme des martiens, dans un autre monde. Là tout n’est que luxe, calme et volupté. Du marbre, des cheminées qui crépitent, un accueil princier. Les chambres sont démentes, je n’ai jamais vu ça, plus grandes que notre premier appartement, genre.

Mais tout ce luxe ne nourrit pas son homme, à 20h passées nous crevons littéralement la dalle, toutes ces émotions, ça creuse. Force est de constater que le premier menu du restaurant gastronomique flirte avec les 50 euros. Nous décidons donc de tester le trajet hôtel-centre en bus pour nous sustenter un brin, avec une petite pensée émue pour ©aZZed, elle aussi sur le sol grand briton :


(bah quoi, Burger King, c’est super dépaysant pour un frenchy !)

Bien calés, on ne résiste pas à l’envie de flâner quelque peu dans Dublin by night. L’appel du pub et de la Guinness sera le plus fort, après tout, on l’a bien mérité, non ?


(en fait, je suis rien qu’une petite joueuse, j’ai bu un cidre)

A 22h, exténués, on rentre dans notre palace non sans avoir raté un ou deux bus… après une journée pareille, notre lit nous semble juste divin, moëlleux, duveteux, immense à souhait. Je m’écroule et m’endors en moins de deux. Il va nous falloir des forces pour demain !

à suivre…

28 Comments

  1. Wow. Merci de partager tes vacances. Ça m’a fait une pause dépaysante dans mon après-midi. J’ai hâte de savoir la suite 🙂

    :dot: j’avais envie de me souvenir de ces chouettes moments, tant mieux si ça vous plaît (l’exercice de la soirée diapo est extrêmement casse-gueule 😆 )

  2. Quel chance! Heureusement qu’ils n’étaient pas avec vos Korigans… Ils auraient été écrasés par les suporters!
    A deux, rien qu’à deux..même dans un aéroport, quel rêve! Alors avec le palace en prime, là, je dis waouw et je bave…

    :dot: Le palace, ça c’était juste énorme… et inattendu !

  3. La lectrice de l'ombre Reply

    Ca commence fort, dis donc !!
    Viiiiiiiiiiiiiite, le suiiiiiiiiiiiiiiiiite !!

    :dot: On n’a pas perdu de temps pour se mettre dans l’ambiance, c’est sûr !

  4. Pinaize !!! Tu sais que j’y suis même pas allée au BK ! Non mais quelle honte ! Il faut que j’y retourne tout de suite !
    (enfin maintenant je veux aller à Dublin, c’est malin !)

    :dot: Shame on you, ©aZZed, quoi !!!

  5. génial ! ca fait envie, j’aurais juste voulu être dans tes valises !

    :dot: attends, ryanair ça rigole pas avec les bagages, on s’est retrouvés avec la moitié de nos fringues sur le dos au retour si on voulait pas payer des millions de $$ de surtaxe !

  6. Je chante ?
    Non, je chante pas.

    vaut mieux

    mais sérieux m’avez filé une envie folle d’aller visiter Dublin

    :dot: Quand tu chantes, quand tu chantes, quand tu chantes (wizzard)

  7. Tu nous as pas dit si vous aviez chanté aussi en attendant l’avion et ds l’avion… Par contre, je suis sûre que ces magnifiques chansons vous ont accompagné un moment après l’atterissage ! 🙂

    Superbes photos, superbe hôtel ! waouhhh j’ai hâte de connaître la suite.

    Bisous.

    :dot: moi j’ai pas chanté…mais MrChéri connaissait toutes les paroles, et ça, ça fait peur !! 😆

  8. Le cidre, pour te dépayser 😉

    :dot: Il a pas du tout le même goût que le breton, j’te signale 😛

  9. Halala, Dublin, ca doit faire PFFF allez au mouins 10 ans que j’en rêve et même ncore plus je rêve de toute l’Irlande….. mais mon chéri n’étant pas fan…bah je voyage par procuration avec tes superbes photos et ton article qui m’a fait bien rire….j’attends la suite avec impatience!!!!!!

    :dot: Faut décider ton chéri, c’est top là-bas, un vrai concentré de Bretagne, avec de la Guinness à l’inétrieur 😉

  10. T’avais pas demandé des infos sur l’auberge de jeunesse dans ton tout 1er post ?
    😀
    c’est sûr que ça a dû faire un sacré choc de découvrir votre hôtel 😉

    veinards !

    :dot: Yep, ça faisait pas trop foyer de jeunes travailleurs cette affaire ! 😆

  11. En même temps, quand ça commence comme ça, ça laisse une belle marge pour le week-end devienne de mieux en mieux au fil des jours!

    :dot: A chaque journée ses surprises !;-)

  12. rhaaaaaaa le mélange de tout! mais trop bien quoi! (puisque que c’est ça, je me fous les pogues au taquet)

    :dot: Essaye aussi les Booze Brothers, groupe fétiche de mon frangibus barbus, ça dépote pas mal ! (ils tournent en boucle dans mon ipod depuis notre retour !)

  13. Alors là, wouaou ! Ca doit être délirant un hotel comme ça, et 20 mn de trajet c’est pas si long que ça finalement hein ?

    :dot: Si quand même… c’est bête, hein !

  14. Ah oui quand même, sympa le ‘petit’ hôtel !!
    Le genre d’endroit qui fait facilement oublier les galères du voyage !

    :dot: Tu te colles dans la baignoire, et tu en oublies jusqu’à comment tu t’appelles ! 😆

  15. J’admire le calme dont vous semblez avoir fait preuve! J’aurais pêter un cable moi de perdre la journée dans un aéroport à écouter des chansons paillardes. Quoique, j’aurais été capable de m’abrutir au whisky pour passer la rage.
    Mais pour l’hôtel, c’est du bonheur je pense.
    Pour nous, c’est deux jours à Londres début mars, je vous raconterai!

    :dot: Londres ? c’est génial comme ville, j’en garde un super souvenir, nous y avions passé 2 jours il y a 4 ans…

  16. Wow sympa le surclassement!
    Ca a du compenser le voyage un peu chaotique, heureusement que le vol n’a pas été long hein 😉

    :dot: 1h30 dans ces conditions, ouais, c’est amplement suffisant ! (imagine si le match avait eu lieu en Nouvelle Zélande, là on était cuits)

  17. Tu me la chanteras la beeep à Dudule ??
    J’aimerais beaucoup.. 😀
    Tes photos sont toujours aussi chouettes, même celle du whopper en gros (gras) plan 😀
    Et sinon un avion rempli de supporters de rugby, quel cauchemar..
    Je ne sais pas comment tu as survécu …

    :dot: Je suis bizarre, moi ça m’a fait rire. C’était quand même très bon enfant. Ya juste dans le bus quand on partait à perpète les oies out of Dublin que j’ai commencé à perdre ma bonne humeur… avant de voir l’hôtel et de me réconcilier avec le genre humain ! 😆

  18. ashramaman Reply

    oui, bah après le vol, le palace, c’était un minimum!!! quelle classe!
    moi aussi, je veux la suiteeeeeeeee (royale)

    :dot: Attends, on était dans une chambre « standard », j’ose pas imaginer la suite avec vue sur le parc et la fontaine !!

  19. Superbes photos du ciel!
    Et pour l’hôtel, ah oui quand même! On ne s’est pas foutu de vous 😉
    J’attends la suite avec impatience.

    :dot: quand l’Irlandais se plante, il le fait avec classe !

  20. La classe cet hôtel!!!…Et plutôt sympa Dublin by night!!!… C’est sûr qu’avec toute cette attente vous deviez être ravi de ce décor et encore plus du lit douillet!!!…
    J’adore tes photos!… Surtout celles vues du l’avion en plein ciel!… Moi qui ne l’ai jamais pris ( l’avion…) ça me donne une idée de ce que c’est…hihi…
    Bizbye

    :dot: C’était super joli, avec les nuages, la neige, le soleil couchant, tout ça… et j’avais bien négocié le hublot ! 😆

  21. Han, la chance, un Burger King… Je ne comprendrais jamais pourquoi ils n’existent plus en France…

    Sinon, en effet, ça devait être sympa le vol 🙂

    :dot: C’était le drame quand ils ont fermés… le whopper quoi ! (et les onions rings, aaaargh)

  22. Avec toutes tes mésaventures, tu méritais bien un 4 étoiles minimum !! 😉

    :dot: Et une entrée au spa ! ah non, zut, j’avais oublié mon maillot de bain !

  23. Du fond de mon Sud-Ouest où la culture rugbystique est omniprésente, te t’imagine comme si j’y avais été … ‘ai un peu de retard à la lecture de ton blog alors je me précipite sur la suite …

    :dot: C’est encore plus fou qu’à Toulouse, l’ambiance… sûrement parce qu’on peut aller au stade à pied… toute la ville aux couleurs des 2 pays, j’ai trouvé ça super chaleureux (pas sûr qu’ils fassent de même dans 1 mois, quand ils joueront à domicile contre les Anglais :mrgreen: )

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