Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

- CHAPITRE 11 -
LA FORMULE MAGIQUE
- Bien, mon garçon, mais avant de repartir, il reste une chose à faire, dit Phil.
- Remonter tout cet escalier ? ! demanda Hélio, découragé.
- Non, tu n’y es pas du tout… Pour repartir du pays des mots goûtus, il n’y a qu’un seul moyen. Il faut demander à l’arbre des souffleurs de souffler assez fort pour que nous nous envolions vers les portes, comme les mots.
Hélio regarda son ami, rassuré.
- Ah ! Bah, c’est facile !
- Pas vraiment, my dear… Te souviens-tu de ce que les choristes doivent faire pour que les plantes produisent de la lumière tous les jours ?
- Oui ! Ils doivent inventer des nouvelles chansons.
- Eh bien, vois-tu, l’arbre des souffleurs est aussi capricieux. Il va falloir lui demander gentiment, et en faisant des rimes, qu’il nous aide à rentrer.
- Avec des rimes ? demanda Hélio, effrayé. Mais j’y arriverai jamais !
- Il va falloir y arriver, my dear, car tu te souviens de ce qui arrive si les souffleurs soufflent de travers…
- On sera transformés en gros mots !
- Non, tout de même, dit Phil indigné. Mais nous pourrions être renvoyés par la mauvaise porte et atterrir dans un endroit horrible !!! Il faut faire très attention. Tu vas devoir te concentrer, mais ne t’en fais pas, je vais t’aider.
Hélio n’était vraiment pas rassuré. Il regarda l’immense arbre et l’imagina, contrarié, les envoyer au milieu du désert, parmi les serpents et sous un soleil de plomb. Sa gorge se dessécha et il se vit rôtir avec son ami le pantin. Comme il était en bois, prendrait-il feu ou bien Hélio serait-il le seul à cuire comme un poulet au four ?
- Hello, my dear, l’interrompit Phil en agitant les mains pour le sortir de sa rêverie. Tu es encore avec moi ?
- Je réfléchissais, répondit le jeune garçon. Il faut pas se tromper, je veux pas rôtir dans le désert moi !
- Tout à fait d’accord, dit Phil sans vraiment comprendre. Concentre-toi.
Hélio réfléchit quelques instants et se pencha vers son ami pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille.
Le bonhomme chuchota en retour à l’oreille d’Hélio, et pendant un quart d’heure environ, ils continuèrent ainsi, pour ne pas que l’arbre les entende avant qu’ils aient terminé.
Quand ils furent prêts, les deux compagnons s’approchèrent un peu.
Hélio, nerveux, avait les mains qui tremblaient et les plaqua sur son pyjama. Il y avait quelque chose de collant dans sa poche. Il en sortit 3 rouleaux de réglisse argenté. La plante à Rire… Il avait vu tellement de choses extraordinaires aujourd’hui. Cela avait été une journée bien remplie. Francky lui avait appris que les plantes à lettres avaient des odeurs de mots et pas de fleurs, et que faire des rimes en parlant était très agréable à écouter. Le professeur Expérenmot ensuite, lui avait appris que les mots ont une racine et plein de frères et sœurs qui leur ressemblent. Et qu’il faut respecter leur orthographe, car sinon, ils perdent leur identité. Avec les sœurs Replète, il avait découvert la joie de la poésie, et des prénoms qu’il ne connaissait pas. Et il y avait Phil bien sûr. C’était lui qui lui avait appris le plus de choses.
Rassuré, il rangea ses bonbons dans sa poche, et d’une voix forte, dit à l’arbre :
J’ai mangé des prénoms
Dans des macarons,
Et j’ai bu des mots
Qui sortaient du fourneau.
J’ai appris plein de choses,
Et il faut pas que j’en cause.
Maintenant les mots sont mes amis,
C’est le professeur qui l’a dit !
J’aimerais encore rester,
Mais il faut rentrer.
S’il te plait arbre des souffleurs,
Aide-nous, car il est l’heure !
Le silence régna quelques terribles instants pendant lesquels ni le pantin ni le garçon n’osèrent respirer. Puis la douce brise revint caresser lentement les feuilles de l’arbre. Le cliquetis reprit et avec lui la féerie.
Hélio était soulagé. L’arbre avait dû accepter sa demande. La brise se renforça et les feuilles se balancèrent de plus belle. Pourtant, il ne bougeait pas. Phil non plus. Ils étaient cloués au sol. L’arbre ne soufflait pas assez fort pour les emporter… Qu’allaient-ils devenir ? Ils étaient trop lourds !
À regret, Hélio décida de se séparer de ses rouleaux de réglisse. Peut-être cela l’allègerait-il assez pour qu’ils puissent s’envoler… Le pantin se tourna vers lui et lui fit un sourire bienveillant.
Soudain, sous leurs pieds, le sol se mit à trembler. Pris de panique, persuadé qu’ils allaient être engloutis à tout jamais par la verdoyante pelouse du pays des mots goûtus, Hélio baissa la tête. Tout à coup, quelque chose sortit de terre.
Une sorte de tige verte jaillit entre ses pieds. Elle poussait à toute allure. Au bout de la tige, se déploya une grande feuille duveteuse, et avant qu’il ne se rende compte de ce qui se passait, Hélio s’élevait dans les airs, confortablement installé sur la feuille géante. Phil aussi avait droit à sa grande tige, mais avec une feuille nettement plus petite…
Ils s’élevèrent ainsi, haut dans le ciel, et bientôt ils eurent une vue incroyable sur tout le pays des mots goûtus. Hélio reconnut tout de suite la forêt des plantes à lettres. C’était une gigantesque toile impressionniste, remplie de taches de couleurs. Il aperçut aussi le laboratoire-théière du professeur d’où partait une fumée dorée. La maison de Francky était trop petite pour qu’il pût la voir. D’aussi haut, la maison des sœurs Replète, pourtant tout à côté, avait la taille d’un éclair au chocolat. Il tendit la main et fit le geste de l’attraper. Elle était appétissante et juste à la bonne taille.
Sur la gauche et sur la droite, tout était vert. Mais en regardant plus attentivement, Hélio remarqua au loin des petits groupes de maisons éparpillés ça et là. Il y avait d’autres habitants au pays des mots goûtus !
Les deux tiges grandissaient toujours et elles atteignirent bientôt la hauteur des branches de l’arbre.
Hélio sentit son corps devenir plus léger et il décolla de son tapis moelleux, emporté par la brise. Les deux amis se mirent à tourbillonner sur eux-mêmes et s’élevèrent jusqu’au dôme rempli de portes. Ils pouvaient maintenant distinguer leur couleur et leur taille.
Soudain, ils furent attirés par l’une d’elles, plus lumineuse que les autres. Loin derrière eux, le paysage commençait à devenir flou, comme si tout cela n’avait été qu’un mirage.
La lumière qui venait de la porte s’accentua, et juste avant de fermer les yeux pour ne pas être ébloui, Hélio reconnut la porte de sa chambre.
Quand il sentit un sol dur sous ses pieds, Hélio rouvrit les yeux. Il se trouvait dans sa chambre, avec Phil. Mais… Phil gisait inanimé sur le sol ! Le garçon se pencha et le ramassa. Il était redevenu une simple marionnette en bois.
Hélio alla le déposer sur son lit, et se demanda s’il n’avait pas rêvé. Son réveil indiquait 9 h 20. Curieux… Si c’était encore le matin, alors tout cela n’avait-il été qu’un rêve ?
- Hélio, mon garçon, entendit-il crier depuis la cuisine. Viens donc déjeuner, chantonna Mamie Tilleul.
A suivre…
(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)
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