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Le pays des mots goûtus – chapitre 11

Par Shalima • 29 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus1 blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

motsgoutus

- CHAPITRE 11 -
LA FORMULE MAGIQUE

- Bien, mon garçon, mais avant de repartir, il reste une chose à faire, dit Phil.
- Remonter tout cet escalier ? ! demanda Hélio, découragé.
- Non, tu n’y es pas du tout… Pour repartir du pays des mots goûtus, il n’y a qu’un seul moyen. Il faut demander à l’arbre des souffleurs de souffler assez fort pour que nous nous envolions vers les portes, comme les mots.

Hélio regarda son ami, rassuré.
- Ah ! Bah, c’est facile !
- Pas vraiment, my dear… Te souviens-tu de ce que les choristes doivent faire pour que les plantes produisent de la lumière tous les jours ?
- Oui ! Ils doivent inventer des nouvelles chansons.
- Eh bien, vois-tu, l’arbre des souffleurs est aussi capricieux. Il va falloir lui demander gentiment, et en faisant des rimes, qu’il nous aide à rentrer.

- Avec des rimes ? demanda Hélio, effrayé. Mais j’y arriverai jamais !
- Il va falloir y arriver, my dear, car tu te souviens de ce qui arrive si les souffleurs soufflent de travers…
- On sera transformés en gros mots !

- Non, tout de même, dit Phil indigné. Mais nous pourrions être renvoyés par la mauvaise porte et atterrir dans un endroit horrible !!! Il faut faire très attention. Tu vas devoir te concentrer, mais ne t’en fais pas, je vais t’aider.

Hélio n’était vraiment pas rassuré. Il regarda l’immense arbre et l’imagina, contrarié, les envoyer au milieu du désert, parmi les serpents et sous un soleil de plomb. Sa gorge se dessécha et il se vit rôtir avec son ami le pantin. Comme il était en bois, prendrait-il feu ou bien Hélio serait-il le seul à cuire comme un poulet au four ?

- Hello, my dear, l’interrompit Phil en agitant les mains pour le sortir de sa rêverie. Tu es encore avec moi ?
- Je réfléchissais, répondit le jeune garçon. Il faut pas se tromper, je veux pas rôtir dans le désert moi !
- Tout à fait d’accord, dit Phil sans vraiment comprendre. Concentre-toi.

Hélio réfléchit quelques instants et se pencha vers son ami pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille.

Le bonhomme chuchota en retour à l’oreille d’Hélio, et pendant un quart d’heure environ, ils continuèrent ainsi, pour ne pas que l’arbre les entende avant qu’ils aient terminé.

Quand ils furent prêts, les deux compagnons s’approchèrent un peu.

Hélio, nerveux, avait les mains qui tremblaient et les plaqua sur son pyjama. Il y avait quelque chose de collant dans sa poche. Il en sortit 3 rouleaux de réglisse argenté. La plante à Rire… Il avait vu tellement de choses extraordinaires aujourd’hui. Cela avait été une journée bien remplie. Francky lui avait appris que les plantes à lettres avaient des odeurs de mots et pas de fleurs, et que faire des rimes en parlant était très agréable à écouter. Le professeur Expérenmot ensuite, lui avait appris que les mots ont une racine et plein de frères et sœurs qui leur ressemblent. Et qu’il faut respecter leur orthographe, car sinon, ils perdent leur identité. Avec les sœurs Replète, il avait découvert la joie de la poésie, et des prénoms qu’il ne connaissait pas. Et il y avait Phil bien sûr. C’était lui qui lui avait appris le plus de choses.

Rassuré, il rangea ses bonbons dans sa poche, et d’une voix forte, dit à l’arbre :

J’ai mangé des prénoms
Dans des macarons,
Et j’ai bu des mots
Qui sortaient du fourneau.

J’ai appris plein de choses,
Et il faut pas que j’en cause.
Maintenant les mots sont mes amis,
C’est le professeur qui l’a dit !

J’aimerais encore rester,
Mais il faut rentrer.
S’il te plait arbre des souffleurs,
Aide-nous, car il est l’heure !

Le silence régna quelques terribles instants pendant lesquels ni le pantin ni le garçon n’osèrent respirer. Puis la douce brise revint caresser lentement les feuilles de l’arbre. Le cliquetis reprit et avec lui la féerie.

Hélio était soulagé. L’arbre avait dû accepter sa demande. La brise se renforça et les feuilles se balancèrent de plus belle. Pourtant, il ne bougeait pas. Phil non plus. Ils étaient cloués au sol. L’arbre ne soufflait pas assez fort pour les emporter… Qu’allaient-ils devenir ? Ils étaient trop lourds !
À regret, Hélio décida de se séparer de ses rouleaux de réglisse. Peut-être cela l’allègerait-il assez pour qu’ils puissent s’envoler… Le pantin se tourna vers lui et lui fit un sourire bienveillant.

Soudain, sous leurs pieds, le sol se mit à trembler. Pris de panique, persuadé qu’ils allaient être engloutis à tout jamais par la verdoyante pelouse du pays des mots goûtus, Hélio baissa la tête. Tout à coup, quelque chose sortit de terre.

Une sorte de tige verte jaillit entre ses pieds. Elle poussait à toute allure. Au bout de la tige, se déploya une grande feuille duveteuse, et avant qu’il ne se rende compte de ce qui se passait, Hélio s’élevait dans les airs, confortablement installé sur la feuille géante. Phil aussi avait droit à sa grande tige, mais avec une feuille nettement plus petite…

Ils s’élevèrent ainsi, haut dans le ciel, et bientôt ils eurent une vue incroyable sur tout le pays des mots goûtus. Hélio reconnut tout de suite la forêt des plantes à lettres. C’était une gigantesque toile impressionniste, remplie de taches de couleurs. Il aperçut aussi le laboratoire-théière du professeur d’où partait une fumée dorée. La maison de Francky était trop petite pour qu’il pût la voir. D’aussi haut, la maison des sœurs Replète, pourtant tout à côté, avait la taille d’un éclair au chocolat. Il tendit la main et fit le geste de l’attraper. Elle était appétissante et juste à la bonne taille.

Sur la gauche et sur la droite, tout était vert. Mais en regardant plus attentivement, Hélio remarqua au loin des petits groupes de maisons éparpillés ça et là. Il y avait d’autres habitants au pays des mots goûtus !

Les deux tiges grandissaient toujours et elles atteignirent bientôt la hauteur des branches de l’arbre.

Hélio sentit son corps devenir plus léger et il décolla de son tapis moelleux, emporté par la brise. Les deux amis se mirent à tourbillonner sur eux-mêmes et s’élevèrent jusqu’au dôme rempli de portes. Ils pouvaient maintenant distinguer leur couleur et leur taille.

Soudain, ils furent attirés par l’une d’elles, plus lumineuse que les autres. Loin derrière eux, le paysage commençait à devenir flou, comme si tout cela n’avait été qu’un mirage.
La lumière qui venait de la porte s’accentua, et juste avant de fermer les yeux pour ne pas être ébloui, Hélio reconnut la porte de sa chambre.

Quand il sentit un sol dur sous ses pieds, Hélio rouvrit les yeux. Il se trouvait dans sa chambre, avec Phil. Mais… Phil gisait inanimé sur le sol ! Le garçon se pencha et le ramassa. Il était redevenu une simple marionnette en bois.

Hélio alla le déposer sur son lit, et se demanda s’il n’avait pas rêvé. Son réveil indiquait 9 h 20. Curieux… Si c’était encore le matin, alors tout cela n’avait-il été qu’un rêve ?

- Hélio, mon garçon, entendit-il crier depuis la cuisine. Viens donc déjeuner, chantonna Mamie Tilleul.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Moteur… action !

Par Shalima • 27 août 2009 • Catégorie: À la Une, danse, trop ouf19 blablas

sur le tournage du film Fais Danser la Poussière

Marie Dô est danseuse. Danseuse et métisse, de maman bretonne et de père noir inconnu. Enfant dans les années 60, elle se demande pourquoi toute sa famille a la peau blanche et pas elle, et étouffe sous les secrets et les non-dits. Heureusement, la danse est sa passion, et grâce à elle, la petite fille s’épanouit, elle peut enfin être elle, au delà des préjugés et des différences. Très vite, Marie-Dô part à la recherche de son histoire, et à travers ses rencontres, ses expériences, elle parvient à se hisser au sommet de son art. Dans les années 80, Marie Dô danse aux Ballets Jazz de Montréal et au célèbre Alvin Ailey American Dance Theater de New York.

En 2006, riche d’un parcours hors-normes, elle décide de partager son histoire en écrivant “Fais danser la poussière“.  L’adaptation télévisée de son roman est actuellement en cours de réalisation entre Paris et Montréal, et grâce à une fée pas comme les autres, j’ai eu la chance de pouvoir assister lundi dernier à une des plus grosses journées de tournage !

Danse + cinéma, qu’est-ce qui pouvait me plaire plus que ça ? Je n’ai pas hésité une seule seconde à faire l’aller-retour sur la journée, quitte à me lever à 5 heures du matin, puis à traverser tout Paris pour être en fin de matinée à la maison de la Culture de Bobigny. Vous me connaissez, j’étais comme une folle à l’idée d’approcher les acteurs, les danseurs, de parler avec eux, bref de voir l’envers du décor.

Et là, je peux vous dire que je n’ai pas été déçue… en compagnie de deux journalistes et de l’équipe de com de France 2, j’ai passé un sacré bout de temps sur le plateau où une scène  de duo était tournée, arrêtant de respirer quand le réalisateur Christian Faure clamait d’une voix autoritaire “moteur… action !” et applaudissant à tout rompre quand la prise était terminée.

Ensuite, nous avons déjeuné avec une bonne partie des acteurs, détendus, bavards, hyper intéressants. J’ai pu ainsi discuter avec la fameuse Marie Dô, une femme magnifique à l’énergie et l’enthousiasme communicatifs, et qui non contente d’avoir co-signé le scenario a également créé les chorégraphies du film, mais aussi avec les danseurs : l’impressionnante Tatiana Seguin (une des danseuses de Kamel Ouali), la sculpturale new yorkaise Stefanie Batten Bland, le facétieux Larrio Ekson (qui joue le rôle d’Alvin Ailey), le charmant Benoît Maréchal… Des artistes aussi talentueux qu’accessibles et gentils, un vrai bonheur.

L’après-midi, nous sommes remontées dans la fournaise du plateau pour les scènes de danse en groupe : une vingtaine de bombes atomiques à moitié dévêtues se déchaînant au rythme hypnotique des percussions de Guem, c’était quelque chose… Au bout de 6 prises, moi j’en aurais voulu encore ! Puis ce fut au tour des figurants de figurer, et la journée était quasi terminée. Comme dans tout tournage qui se respecte, il y avait du retard, je n’ai donc pas pu assister à la scène des auditions et au solo de Tatiana.

Mais qu’importe, ce fut une journée absolument incroyable, géniale à tous les niveaux… le seul problème maintenant, c’est que je crève d’envie de voir le film. Il va me falloir patienter à mort, il ne sera pas diffusé avant le printemps 2010, argh !

Marie Dô et Asha sur le tournage de Fais danser la poussière

(je reviens très vite avec de vraies belles photos du tournage)
(et je remercie encore Violette et Régine pour cette magnifique expérience)



Le pays des mots goûtus – chapitre 10

Par Shalima • 23 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus1 blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 10 -
LES SOUFFLEURS DE MOTS

Les deux compagnons se retrouvèrent soudain bien seuls sans les sœurs Replète. Quel silence !

Ils contournèrent la maison et Phil expliqua :

- Nous voici arrivés à la dernière étape de notre voyage. Les mots sont fin prêts à s’envoler vers les portes et à inspirer les Hommes.
- Et comment ils font pour s’envoler ? demanda Hélio.
- Ce sont les souffleurs qui les font s’envoler…

Tout en parlant, ils étaient arrivés derrière la maison et devant eux se dressait désormais une jolie petite colline verte avec au centre un unique arbre très haut.

Ils gravirent la colline, muets devant un tel spectacle. Même Phil qui avait pourtant vu plusieurs fois l’arbre des souffleurs n’en revenait pas. C’était l’arbre le plus élégant, le plus majestueux et le plus féerique qui pût exister. Il était si haut qu’il semblait toucher les portes entrouvertes.

Son tronc était constitué de deux parties qui s’entrelaçaient, comme si, amoureuses, elles effectuaient une danse langoureuse. Ses branches étaient fines et ondulaient avec grâce, tels les bras d’une danseuse. Ses feuilles semblaient des perles de rosée délicates et étincelantes. C’était tout simplement magnifique.

- Cet arbre est magique, chuchota Phil comme pour ne pas le déranger. Il a le pouvoir de souffler les mots à travers les portes, d’un monde à l’autre.

Hélio était subjugué. Il ne savait pas quoi dire, il était trop impressionné pour parler. Il avait la sensation que l’arbre les observait.

- Il ne faut pas parler trop fort pour ne pas troubler la concentration des souffleurs, continua le pantin. Reste ici, je vais aller déposer notre offrande au pied de l’arbre.

Il alla poser délicatement les macarons au pied du tronc et revint à côté d’Hélio, à quelques mètres de distance. À cet endroit ils avaient le recul nécessaire pour voir l’arbre tout entier.

Ils attendirent un petit moment, impatients. Hélio se demandait ce qui allait bien pouvoir se passer.

L’arbre semblait les jauger, ainsi que la boîte de macarons. Il réfléchissait.

Soudain, au bout de quelques minutes, l’arbre se mit à frissonner et les branches à frémir doucement.

Tout à coup, une petite branche sembla se détacher et glissa lentement le long du tronc. Mais ce n’était pas le mouvement normal d’une branche qui rompt et tombe de l’arbre. Elle coulait le long de l’écorce.

Arrivée en bas, elle se redressa et Hélio comprit que ce n’était pas une branche, mais une créature qui faisait partie de l’arbre. Il n’osa pas poser de questions et continua d’observer en silence et sans bouger.

La créature-branche avait de fines brindilles en guise de bras et de jambes. Elle n’avait pas de visage ; juste deux yeux, deux narines minuscules et une petite fente pour la bouche.

Sans même les regarder, elle attrapa la boîte de macarons, comme un écureuil attrape une noisette. Elle était presque aussi grosse qu’elle.

La créature observa la boîte de tous les côtés, la huma et parut satisfaite. Alors elle la plaça sous la brindille qui lui servait de bras gauche et remonta doucement dans l’arbre.

Hélio regarda Phil, l’interrogeant du regard à propos de l’étrange scène à laquelle ils venaient d’assister. La marionnette lui répondit en murmurant :

- Cette créature est un souffleur. Elle et tous les autres souffleurs sont invisibles une fois dans l’arbre. Elles se fondent en lui. L’arbre se nourrit de gâteaux. C’est comme un engrais pour lui, ce qui le fortifie. Les souffleurs mangent les gâteaux qu’on leur apporte et en échange, ils soufflent les mots qu’ils contiennent. Ils sont les seuls à pouvoir faire ça. Regarde bien, ils ne vont pas tarder à commencer.

Hélio fixa l’arbre pour ne pas rater une miette du spectacle. Celui-ci était immobile. Le petit garçon était curieux de voir comment les souffleurs allaient souffler.

Les branches et les feuilles se mirent soudain à se balancer comme sous l’effet de la brise. On entendit s’élever un léger cliquetis, comme si des milliers de minuscules cloches tintaient ensemble. Puis, doucement, les deux troncs de l’arbre s’entortillèrent un peu plus sur eux-mêmes. Les branches valsaient de plus en plus. C’était incroyable. Hélio avait la bouche grande ouverte d’étonnement.

Et d’un coup, en un claquement de doigt, le tronc s’étira et les branches projetèrent en l’air de minces faisceaux lumineux par milliers. Ces faisceaux s’élevèrent si haut qu’ils atteignirent bientôt le dôme bleu nuit et leur éclat illumina la pénombre.

Chaque faisceau, comme un murmure, s’insinua alors dans une fente de portes. Pendant plusieurs minutes, les deux amis restèrent interdits devant ce fabuleux phénomène. C’était mieux qu’un feu d’artifice. Les fils de lumière jaillissaient de tous les côtés, de toutes les branches de l’arbre. Certains montaient tout droit, d’autres en spirale. Mais chacun trouvait finalement son chemin et sa porte.

L’arbre avait trouvé son rythme de croisière. Il se balançait doucement, bercé par la brise invisible.

- Ils semblent avoir particulièrement apprécié les macarons, dit Phil au bout d’un moment.
- Et qu’est-ce qui se passe s’ils aiment pas ?
- Oh… ils ne sont pas contents. Vois-tu, le soufflage de mot n’est pas une chose facile. Les souffleurs doivent apprécier les mots qu’ils goûtent s’ils veulent rendre tout leur sens. S’ils n’aiment pas ce qu’ils mangent, ils ne feront pas bien leur travail…
- Et qu’est-ce qui se passera ?
- Alors, ils pourraient souffler de travers… Good heavens ! Ce serait catastrophique !
- Et c’est déjà arrivé ?
- Oui, malheureusement… Et ce n’est pas beau à voir.
- Ça fait quoi ? Des mots tordus ?
- Mmm… En quelque sorte…

Lord Canterbury semblait gêné.

- Bah quoi ? insista Hélio. Qu’est-ce qui se passe ?
- Eh bien… Cela donne… des… brossièretés.
- Des brossièretés ? ! Tu veux dire des grossièretés plutôt. Des gros mots !
- Je ne veux pas dire ce mot, c’est tellement laid…

Hélio se mit à rire. Il y avait sur le visage de la marionnette en bois un air de dégoût et de honte. Le lord si bien élevé ne voulait pas prononcer le mot grossièreté de peur de se salir. Il y avait de quoi rire. Mais il était touchant. Un vrai amoureux des mots comme Francky, pensa Hélio.

- Alors tu veux dire qu’un mot mal soufflé devient un gros mot ? demanda Hélio.

- Oui, répondit Phil, cela arrive qu’un mot mal soufflé ricoche et tombe dans la mauvaise oreille, ou s’insinue par la mauvaise porte. Alors, son sens peut être déformé par une personne mal intentionnée. Tu sais, ce sont les Hommes qui décident de donner tel sens à tel mot. Au pays des mots goûtus on ne fait que fabriquer des mots pour les besoins des Hommes. Il est préférable qu’ils tombent dans l’oreille d’un écrivain bien sûr, mais il arrive malheureusement que des personnes sans scrupules se servent de mots sans défense pour nommer des choses peu recommandables. C’est ainsi ! C’est pour cela que les souffleurs ont un rôle important et délicat.

Ils se tournèrent à nouveau vers l’arbre. Il continuait son ballet lumineux.

- Ça va durer encore longtemps ? demanda Hélio.
- Probablement. Et c’est ainsi tous les jours.
- Alors, il y a des nouveaux mots inventés tous les jours ?
- Non. Mais il faut parfois ressouffler les mots, afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli. C’est comme cela que certains prénoms redeviennent à la mode à différentes époques par exemple. Il faut aussi inspirer les poètes, les compositeurs ou les personnes qui écrivent des discours. Et puis il y a aussi les amoureux qui veulent déclarer leur flamme. Il leur en faut de l’inspiration à ceux-là car ce n’est pas facile !
- Alors, ils doivent en avoir du travail ici !

- Oui… Sais-tu que la langue française, depuis ses débuts, compte plusieurs centaines de milliers de mots ? Il est impossible de savoir combien exactement car certains mots évoluent ou sont oubliés. Ils ne sont jamais tous utilisés en même temps. Le français évolue tous les jours. Une fois créé, un mot peut changer au fil des siècles. C’est pour ça qu’on parle de vieux français. Certaines prononciations changent, certaines orthographes aussi. Mais ce n’est pas une excuse pour faire des fautes !

Hélio sourit. Après tout ce qu’il avait vu aujourd’hui, il allait faire beaucoup plus attention à l’orthographe. Le professeur, Francky, les souffleurs et les sœurs Replète se donnaient tellement de mal. Et puis les Boublis aussi… même s’ils étaient en chewing-gum !

- Certains mots disparaissent aussi en même temps que ce qu’ils représentent, continua Phil. Des objets qu’on n’utilise plus par exemple.
- T’en connais ?
- Bien sûr, my dear, je peux même t’en montrer un !

Phil farfouilla dans une poche de son gilet en velours, et en sortit un petit cercle en verre attaché à une chaîne.

- Ceci est un lorgnon. C’est une petite lunette avec un seul verre. Cela servait autrefois à regarder quelque chose de plus près. Ensuite, on a appelé ça monocle, mais ce mot n’est plus tellement utilisé non plus. Le mot lorgnon venait du verbe lorgner, qui veut dire regarder. Il est encore utilisé aujourd’hui mais il n’est pas très distingué.

Il fouina encore dans une autre poche du gilet et en sortit une montre ancienne, sans bracelet, avec une chaîne.

- Voici une montre à gousset, tu en as peut-être entendu parler. On ne les utilise plus, mais ce sont des objets recherchés par les collectionneurs. Un gousset est cette petite poche d’où j’ai sorti la montre.
- C’est une montre de poche ! Pas très pratique…
- Damned ! s’écria soudain Phil.

Hélio sursauta. Le pantin regardait sa montre, visiblement affolé.

- Il est temps de partir mon jeune ami, ou tes grand-mères vont commencer à s’inquiéter. Le temps ne passe pas à la même allure quand on est ici, il ralentit, mais tout de même. Il faut rentrer.
- Déjà, dit Hélio tout triste. Mais j’ai encore envie d’apprendre d’autres choses sur les mots.
- Tu pourras demander à ta grand-mère. Elle sera ravie que tu t’intéresses aux mots !
- Elle va trouver ça bizarre.
- Mais tu ne devras pas lui dire que tu es venu ici, ça pourrait réveiller ses souvenirs. Cet endroit doit absolument rester secret. Tu dois me promettre que tu n’en parleras à personne.
- Promis. De toute façon, personne ne me croirait !

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A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 9

Par Shalima • 22 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus1 blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 9 -
PETIT DÉJEUNER CHEZ LES STYLISTES

Au bout de quelques minutes, ils aperçurent au loin une grande maison rose, verte, jaune et violette. Elle n’était pas rectangulaire comme une maison ordinaire, mais composée de plusieurs parties en gâteaux. Hélio ouvrit de grands yeux gourmands. De chaque côté, il y avait un gros muffin aux pépites de chocolat blanc, avec un glaçage violet parsemé de petites myrtilles. La partie centrale était un kouglof, ce gâteau rond et assez haut avec un trou au milieu. Celui-ci était rose, surmonté de petits fruits confits jaunes. Deux gaufres faisaient office de portes d’entrée et les volets des fenêtres étaient en pâte d’amande verte. La maison était entourée d’un jardinet composé d’arbres en barbe à papa.

Hélio en eut l’eau à la bouche.

En s’approchant, il fut assez déçu de s’apercevoir que tout cela était faux. Sa faim grandissante lui avait joué un tour. Les fruits confits et le glaçage aux myrtilles étaient en fait des tuiles. Les gaufres de la porte d’entrée étaient en bois. Comme c’était dommage… Il s’imaginait déjà croquer un morceau de volet ou de mur. La maison ne faisait qu’imiter des pâtisseries, mais après tout, ça ne devait pas être évident de vivre dans un vrai gâteau.

Le Boubli-tut tut s’arrêta devant la porte, déposa ses passagers et repartit aussi vite dans l’autre sens.

- Voici la demeure des sœurs Replète, expliqua la marionnette. Elles l’ont faite construire pour être toujours inspirées. Elles préparent chaque jour de délicieux gâteaux de mots avec les fioles du professeur, apportées par les Boublis. Entrons, suis-moi.

Les deux amis poussèrent les portes en bois et pénétrèrent dans une salle circulaire qui donnait sur un patio. Au premier abord il était difficile de distinguer quoi que ce soit dans la pièce. Elle était encombrée de spacieux canapés en velours, de grandes armoires avec des miroirs, de bougeoirs dégoulinants de cire, de piles de livres sur des guéridons, d’ustensiles de cuisines variés sur de grandes tables en bois (rouleaux à pâtisserie, moules à gâteaux, cuillères en bois, casseroles), et tous ces objets et ce mobilier étaient disposés de manière aléatoire dans la pièce, en plein milieu.

- Nous avons de la visite, bêla une première voix.
- Mais c’est notre ami Phil, couina une deuxième voix.
- Accompagné d’un petit garçon en pyjama, termina la première.

Hélio cherchait des yeux d’où pouvait bien venir ces voix, et soudain, derrière une grande table encombrée apparut une, non… deux… non, une, enfin deux sœurs siamoises. Deux parfaites copies, rattachées par une fesse !

C’était la première fois qu’Hélio voyait des sœurs siamoises. Ses parents lui en avaient déjà parlé lorsqu’ils lui avaient raconté l’histoire du cirque. Avant, les siamois, jumeaux ou jumelles attachés l’un à l’autre par une ou plusieurs parties du corps depuis leur naissance, étaient des phénomènes de foire et de cirque.

Heureusement, cela avait changé.

Les deux petites bonnes femmes, plutôt grassouillettes, trottinèrent de toutes leurs petites jambes jusqu’aux deux visiteurs, et tendirent à Hélio deux petites mains potelées pleines de farine.

- Enchantée, dit l’une. Je m’appelle Rebecca.
- Et moi je suis Camélia, dit la seconde. Enchantée.

Elles glougloutèrent comme des dindons, et Hélio serra des deux mains celles qu’on lui tendait.

- Qui nous amenez-vous là Philou ?
- Il a l’air charmant !

Gloussement général.

- Ce garçon, mesdames, est le petit-fils…

- Oh, oui le coupa une des sœurs. Il ressemble à cette charmante enfant que nous avons vue l’autre jour…
- C’est incroyable qu’elle soit déjà grand-mère, dit l’autre.
- Ce que le temps passe vite dans votre monde…
- Pour nous c’était hier…
- Les problèmes d’orthographe doivent être de famille, ah ah !
- Oh, elle est bonne celle-là, ma chère, ah ah !

Philou se racla la gorge pour interrompre les deux bavardes, qui comme il le savait, pouvaient continuer ainsi des heures.

- Bien, bien, dit Rebecca pendant que Camélia caquetait toujours, venez par ici, nous avons des petites douceurs toutes chaudes.

Elles pivotèrent toutes les deux, parfaitement assorties dans leurs tailleurs jaune citron et galopèrent jusqu’à un grand four caché derrière un fauteuil. Elles portaient le même chignon alambiqué sur le sommet du crâne, les mêmes boucles d’oreilles à clip couleur framboise, comme leurs escarpins. Elles avaient un grand tablier deux places à fleurs roses et de la farine un peu partout, jusque dans les cheveux.

C’étaient de drôles de personnages.

Du grand four, elles sortirent une plaque de dix muffins fumants, à l’odeur alléchante.

- C’est une nouvelle recette pour inspirer les poètes et les auteurs de chansons.
- Un mélange de mots qui riment…
- De mots doux pour une chanson d’amour.
- Goûtez-les, babillèrent en chœur les deux sœurs.

Hélio, ravi à l’idée de manger, attrapa un muffin et en enfourna la moitié d’un coup.

Notre ami Phil en saisit un autre et en croqua un petit morceau.

- Émotion, passion, frisson, murmura-t-il… Oh ! il y a plusieurs goûts… charme, larme, parme…
- Quelles jolies rimes cela pourrait faire ! dit Camélia.
- Et toi mon grand ? demanda Rebecca.

Hélio finit d’avaler son énorme morceau de muffin et dit :

- Pensée, journée, bien-aimé, embrassé, rosée.

- Magnifique ! glapit-elle.
- Essayons de faire un poème avec ça. Voyons…
- Mon bien-aimé, commença Rebecca, tu es dans toutes mes pensées…
- … depuis que nous nous sommes embrassés par cette belle journée…
- … encore humide de rosée !

Si inventer des poèmes était un jeu aussi amusant, Hélio voulait y participer. Il avait terminé son muffin et en prit un autre.

- Cœur, fleur, bonheur… Mmmm… Mon cœur est plein de bonheur quand je cueille une fleur !

- Good Heavens ! s’écria Phil, tu es un vrai poète en herbe ! Il me faut reprendre un peu d’inspiration.

Il prit une nouvelle bouchée de son muffin aux multiples saveurs et dit :
- Fragile, subtil, pistil. Well…

Émotion subtile
Que dégage le pistil
De cette fleur fragile.

Le délicieux charme
De ses pétales parme
Me donne le frisson.

Elle m’émeut aux larmes
La fleur de La Passion.

- Bravo ! Bravo ! coquelinèrent les deux sœurs. Philou, c’était MAGNIFIQUE ! SUBLIME ! EXTRAORDINAIRE !

Hélio n’avait pas tout compris mais il avait saisi l’essentiel : un poème était une musique douce à l’oreille. Peu importait de ne pas comprendre le sens si les mots sonnaient comme une jolie berceuse. Il commençait à prendre goût aux mots.

Tous s’amusèrent encore quelque temps avec les muffins, puis Camélia sursauta.

- Mais nous n’aurons bientôt plus d’appétit pour goûter d’autres gâteaux !
- Tu as raison, ma chère, répondit sa sœur. Venez par là.

Ils se dirigèrent tous vers un grand placard muni d’un miroir, qui se révéla en fait être un réfrigérateur. À l’intérieur, des douzaines de boîtes de macarons de toutes les couleurs.

Les sœurs en sortirent une boîte et expliquèrent qu’ils étaient destinés à donner des idées de prénoms aux mamans qui attendaient un bébé.

Hélio en choisit un vert pour les prénoms de garçon.
- Maxendre, Célian, Dorian, Phanoé, Manès, Cyldric…

Il fut assez surpris. Il ne s’attendait pas à ça.
- Oh, ce sont de bien jolis prénoms, très rare à ton époque, dit Phil. Comme ton prénom d’ailleurs. J’ai connu un Dorian et un Manès il y a bien longtemps… Voyons, goûtons ce macaron jaune… Justine, Clémentine, Augustine, Joséphine, Claudine. C’est charmant pour une petite fille.
- À moi, cria Rebecca avant de croquer dans un macaron couleur chocolat. Néron, Louis, Napoléon, Charlemagne, Clovis, Jésus.
- Des prénoms d’hommes célèbres ! gazouilla Camélia.
- Dans ma classe, il y a un garçon qui s’appelle Clovis. C’est le seul de toute l’école.
- C’est vrai, dit Phil, les prénoms de personnages célèbres sont assez difficiles à porter et donc rares. Cependant, il y a toujours eu des Louis et des Charles, car beaucoup de rois ont porté ces prénoms, et ils sont devenus assez courants. Ce sont des prénoms qui traversent les âges.

- En tout cas c’est délicieux, dit Hélio. Comment vous faites pour que tous les gâteaux soient bons ? Parce que chez le professeur, y avait des mots dégoûtants.
- Quel flatteur celui-là, pépia Camélia.
- C’est notre mission, dit Rebecca. Nous devons rendre les mots appétissants.
- Et pour cela, nous avons un jardin magique…
- … mais rien à voir avec le jardin des plantes à lettres…
- … c’est plutôt un jardin comme il en existe chez vous…
- … avec des arbres qui ne cessent de produire des fruits délicieux !
- Sauf qu’ici ils poussent beaucoup plus vite !
- Viens, nous allons te montrer.

Les deux sœurs, le garçon et le pantin se frayèrent un chemin à travers les meubles et les canapés jusqu’au patio.

Le jardin n’était pas très grand mais représentait des dizaines d’espèces d’arbres fruitiers et de fleurs. C’était une profusion de couleurs et de senteurs. Dès qu’une des sœurs cueillait un fruit pour le tendre à Hélio, un autre repoussait aussitôt à sa place.

- Il nous faut inventer de nouvelles recettes sans cesse, dit Camélia.
- Alors heureusement qu’il y a autant d’espèces de fruits et de fleurs, margota Rebecca.

Ces fruits et ces fleurs ressemblaient un peu aux fruits et aux fleurs terrestres mais ce n’étaient pas tout à fait les mêmes. Hélio en goûta quelques uns qu’il trouva succulents.

- Nous ne vivons que pour les gâteaux !
- La pâtisserie, c’est notre passion !
- Et nous sommes les meilleures !
- À quatre mains, c’est plus facile !

Pendant que les sœurs gloussaient, zinzinulaient, et piaillaient encore, faisant gigoter leurs doubles mentons, Hélio leva la tête pour regarder les arbres et vit encore cet éternel ciel de portes entrouvertes. Une question lui brûlait les lèvres. Il se tourna vers les siamoises.

- Mais pourquoi ici tout le monde veut voir les portes ? Chez le professeur il y avait un toit ouvrant, et puis ici, un gâteau sans toit au milieu !
- Mais pour l’inspiration, mon chéri, répondit l’une.
- Cela va dans les deux sens, continua l’autre.
- Les humains captent l’inspiration par les portes.
- Et nous, nous faisons la même chose.
- Il faut bien que nous nous inspirions de votre monde…
- … pour créer des mots qui vont avec !

Elles gloussèrent comme des poules.

C’était assez logique après tout. On ne pouvait pas décorer une maison sans savoir qui vivait dedans. Et on ne pouvait pas inventer des mots pour un monde qu’on ne connaissait pas.

- Je pense que tu en as appris assez avec les sœurs Replète, chuchota Phil à l’oreille du garçon. Nous allons peut-être les laisser continuer à travailler.

Hélio était tout à fait d’accord avec son ami. Les deux sœurs étaient capables de continuer à les gaver de gâteaux et de fruits toute la journée, et il était déjà repu. Il valait mieux s’éclipser.

- Nous allons vous quitter mesdames, dit Phil. Vos gâteaux étaient délicieux, comme toujours.
- Oh, quel charmeur, cancana Camélia.
- Incorrigible, ulula Rebecca.
- Vous allez voir les souffleurs ?
- Vous leur apporterez une boite de macarons…
- Je crois que ça va particulièrement leur plaire…
- Ils raffolent de ça…
- … surtout les bleus et les violets…
- C’est pour ça que certains prénoms sont plus courants que d’autres, ah ah !
- Ah ah ! Comme c’est drôle, ma chère…

Afin de les interrompre poliment, le petit pantin toussota.

- C’est parfait, oui, dit-il, comme cela ils nous feront une petite démonstration.
- C’est quoi les souffleurs ? demanda Hélio.
- Tu vas très vite le découvrir, my dear. Leur arbre se trouve juste derrière la maison.

Les deux sœurs raccompagnèrent Hélio et Phil à la porte sans oublier de leur confier une boîte de délicieux macarons. Puis elles les embrassèrent goulûment, leur laissant de belles traces de rouge à lèvres couleur framboise sur les joues.

- Au revoir, mon mignon, dit Rebecca. Et sois bien sage.
- Au revoir Philou, dit Camélia. Reviens vite nous voir.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 8

Par Shalima • 16 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtusAucun blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 8 -
OH ! MAMIE JASMIN !

Installés confortablement dans leur brouette de luxe, les deux amis pouvaient admirer un paysage verdoyant, sans un défaut à l’horizon. Le chemin qu’ils empruntaient serpentait à travers des collines d’herbe vert pomme impeccablement tondue. Pas un arbre, pas une maison à l’horizon, mais une pelouse infinie.

- Alors, es-tu prêt à continuer le voyage et à découvrir où vont les mots ?
- Oh oui ! Il était drôle le professeur ! J’ai appris plein de choses. Je pensais pas que ça pouvait être aussi amusant…

En regardant son nouvel ami, minuscule au milieu du grand coussin, Hélio se rappela qu’il lui avait dit être humain il y avait bien longtemps. Cela l’intriguait depuis un bon moment.

- Dis, comment ça se fait qu’avant t’étais humain, et maintenant t’es en marionnette ? demanda-t-il.
- Ah ! Il est vrai que tout à l’heure nous avons été brusquement interrompus par ta chute vertigineuse.

Il réfléchit un instant avant de poursuivre :
- Je te racontais donc mon voyage en France et ma découverte inopinée de ce merveilleux pays. Je mis du temps à réaliser où je me trouvais, et ne voyant pas de moyen de repartir, je décidai de visiter cet étrange endroit. Je rencontrai d’abord dans la forêt un groupe de choristes qui m’invita à prendre un thé aux mots. Ils arrivent, avec les mots inutilisés par le professeur, à concocter une infusion délicieusement poétique, au goût inédit. Ces mots n’avaient aucun sens mais je m’en souviens encore :

Rati boi dexcidure
Olovante refure
Dalamente solidale
Oxarlys pimendou
Dala di sentimale
Potérame perlou.

- C’était exquis… Ensuite je rencontrai bien sûr le professeur Expérenmot, ainsi que l’énigmatique Francky et bien d’autres personnages encore. Mais malheureusement, je ne pouvais pas rester éternellement ici, je n’y avais pas ma place, je n’étais qu’un simple visiteur. Et comme les deux mondes ne doivent pas se rencontrer, je ne pouvais pas repartir dans le mien. Je n’aurais pas pu tenir ma langue. Alors la seule condition pour rentrer chez moi fut d’être changé en marionnette. Et ainsi je ne pus plus communiquer avec personne.

- Mais qu’est-ce qui t’es arrivé après ? demanda Hélio captivé par cette histoire.
- Well, eh bien, quelqu’un a ramassé la pauvre marionnette de bois inanimée que j’étais devenu et m’a vendu dans une brocante. Ensuite, pendant ce qui m’a semblé durer une éternité, j’ai erré de greniers en vide-greniers et de mains en mains.

Hélio réalisa tout à coup quelque chose et interrompit Phil.
- Ca veut dire que moi aussi je vais être transformé en pantin ! ?

- Oh, non, my dear, ne t’inquiète pas… Toi tu es un enfant. Quand tu grandiras, tu oublieras toute cette aventure. Tu penseras que c’était un rêve. Les adultes ne croient pas en ces choses-là. Moi par contre, il m’était impossible de l’oublier. C’est pourquoi j’étais condamné à ne plus pouvoir parler à personne. Et puis un jour, alors que je traînais au milieu d’un tas de jouets poussiéreux dans une nouvelle brocante, une petite fille me remarqua et demanda à sa maman de m’acheter. Sa maman accepta et aussitôt je sus que mon existence allait enfin changer. Cette jeune fille était belle comme un cœur mais j’appris très vite qu’elle avait un problème avec l’orthographe et la grammaire, et un déclic se produisit. Je repris alors vie pour l’aider, et l’emmenai au pays des mots goûtus.

- Waouh… Et qu’est-ce qui s’est passé après ?

- Cette jeune fille découvrit les secrets des mots, et tomba amoureuse de la poésie. Quand elle rentra chez elle, elle se mit à écrire des poèmes et à lire tous les livres qu’elle trouvait. Bien sûr quand elle grandit, elle oublia toute cette histoire. Mais cela lui avait donné le goût de la littérature et du français. Elle fit de grandes études et devint une célèbre journaliste qui gagna de nombreux prix.

Hélio comprit soudain.
- Oh ! Mamie Jasmin !

- Oui, c’est bien ta grand-mère. Elle aussi est venue ici, comme toi… Elle a rencontré le professeur et les Boublis. Elle a goûté les mots et s’est promenée dans le jardin des plantes à lettres.
- Et tu crois vraiment qu’elle a oublié ?
- Sans aucun doute mon petit. Elle est devenue adulte. Et toi aussi tu oublieras.

Hélio n’était pas d’accord. Lui, il n’oublierait pas.

Il n’en revenait pas. Mamie Jasmin était venue ici. Ça alors ! Peut-être qu’il deviendrait un grand journaliste lui aussi. Ou un écrivain, après tout.

Pour le moment, il commençait à avoir faim. Son ventre gargouillait. Soudain, un Boubli-tut tut les dépassa. Il transportait des fioles bien installées entre les coussins de velours. À l’arrière, une enseigne lumineuse clignotait. Elle disait « URGENT ».

- Est-ce qu’on est bientôt arrivé ? demanda Hélio. Tu m’as dit qu’on allait manger et je commence à avoir vraiment faim.
- Nous sommes sur le point d’arriver, my dear. Le Boubli que tu viens de voir passer transportait des mots en bouteille pour que les sœurs Replète, les stylistes des mots, les transforment en gâteaux appétissants.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 7

Par Shalima • 15 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus1 blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 7 -
L’EXPERT EN MOTS

Au bout du chemin de dalles jaunes se trouvait une sorte de centrale nucléaire en forme de théière !

- Voici le laboratoire du professeur Expérenmot. C’est lui qui crée les mots en mélangeant les lettres cueillies dans la forêt.

Les deux compagnons parcoururent les quelques mètres qui menaient au laboratoire. Vue de plus près, la « centrale théière » était un assemblage chaotique de cylindres cuivrés, de tuyaux, de cheminées et de soupapes crachant des fumées bleu argenté ou vert émeraude.
Le « couvercle » de la théière semblait servir de toit ouvrant.

Lord Canterbury poussa une grande porte cuivrée et entra. Hélio le suivit et à peine eût-il posé un pied à l’intérieur qu’il poussa un cri d’admiration.
- Wouah ! C’est beaucoup plus grand dedans !

Ce qu’il voulait dire, c’est que de l’extérieur, le laboratoire était grand comme une maison, mais à l’intérieur, c’était gigantesque ! Plus grand qu’un château ! Plus grand qu’un hall de gare ! Plus haut que la tour Eiffel !

C’était une grande pièce circulaire, et le long du mur arrondi s’étalaient des rangées et des rangées de livres. Ces livres étaient, heureusement, protégés par des vitrines, car celles-ci étaient couvertes de taches multicolores, sans doute le fruit des expériences du professeur.

- Phil, mon bon ami ! Vous voilà de retour parmi nous, quel bonheur ! Et je vois que vous nous amenez un jeune enfant.

Le personnage qui s’approchait d’eux en les hélant était assez singulier.
Il portait bien sûr une blouse, mais elle n’était plus vraiment blanche. Ses yeux étaient très globuleux et ses cheveux blond platine très crépus. Il passa sa main à l’intérieur en avançant vers eux et l’emprunte de ses doigts resta imprimée dans l’épaisse tignasse. Il avait l’air d’un fou.

- Hélio, je te présente le professeur Expérenmot, dit Phil.
- Bonjour monsieur, dit Hélio.
- Oh ! Comme il est charmant, répondit le professeur, en pinçant et triturant des deux mains les joues du garçon. C’est adorable !

Il le fit tourner sur lui-même plusieurs fois et l’inspecta ensuite avec une loupe qu’il sortait de sa poche.
- Ne t’inquiète pas, murmura la marionnette à l’oreille d’Hélio. Il n’est pas très habitué aux enfants qui viennent de ton monde, ça l’intrigue.

- Mais comment fais-tu pour être aussi grand à ton âge ? demanda le professeur. C’est fascinant !
Le professeur était effectivement à peine plus grand que lui, alors qu’il était adulte. Hélio se demanda pourquoi tous les habitants du pays des mots goûtus étaient aussi petits. Il ne tarda pas à avoir une réponse.

- Après tout c’est normal, déclara le professeur comme s’il se faisait une réflexion à lui-même. Notre monde est plus petit que le vôtre…
- Professeur, intervint le Lord, ce garçon a grand besoin d’en apprendre sur les mots et l’orthographe.
- Parfait, venez par ici mes amis !

Le professeur se dirigea, suivi des deux autres, vers le milieu de l’énorme pièce. Tout autour d’eux s’affairaient de minuscules créatures, ressemblant à des bibendums bleu ciel. Ils couraient à toute allure sur leurs petites jambes dodues et souriaient à pleines dents. Certains transportaient des paniers remplis de lettres, d’autres des tubes à essais fumants. Trois d’entre eux s’approchèrent et se saisirent des paniers garnis des deux visiteurs.

- La première étape de la fabrication d’un mot commence ici, dit le professeur. Aidé de mes fidèles compagnons les Boublis…

Il s’interrompit, puis s’esclaffant, reprit :
- Ce sont de petites boules de chewing-gum sur pattes, ah ah ! C’est moi qui les ai créés ! Cela devenait difficile tout seul, il y avait beaucoup trop de travail… Alors je les ai modelés grâce à la gomme contenue dans les feuilles des plantes à lettres. Mais n’essaie pas d’en mâcher un, d’accord ? Ils sont beaucoup trop utiles ici.

- Il est complètement fou, chuchota Hélio à la marionnette.

- Ah ! Nous voici au cœur de mon laboratoire, continua le professeur. Je te recommande de ne toucher à rien, c’est dangereux.
Ils s’étaient arrêtés au centre de la pièce, au milieu d’un fouillis de marmites posées sur des gazinières, et de plans de travail couverts de fioles et de taches gluantes. Cela ressemblait plus à une cuisine qu’à un laboratoire. Il y régnait un désordre impressionnant.
En l’air, à travers le toit ouvrant, on apercevait toujours le même ciel illuminé de portes.

- Bien, dit le professeur Expérenmot tout en farfouillant dans les casseroles et les marmites. Ma lourde tâche consiste comme tu dois le savoir à créer des mots. Et ce n’est pas de tout repos… Il faut faire attention à bien doser les lettres, à ne pas faire des mots trop longs ou trop compliqués. J’essayais justement tout à l’heure une nouvelle combinaison de consonnes pour créer un mot sans voyelles… Cela fait un moment que je travaille là-dessus, mais malheureusement, c’est infructueux. Cela semble impossible. J’ai tenté de mélanger des « R », des « T », des « S » à un « D », un « B » et un « C », et ça a donné quelque chose comme « Strbrdstrc ». Imprononçable ! J’ai alors ajouté un ou deux « N », histoire d’adoucir la prononciation, mais le résultat m’a explosé au visage !

Le professeur se pencha et souleva une marmite posée au sol. Le couvercle était déchiqueté au milieu et on aurait dit un chou-fleur en métal.
Là, un Boubli accourut, secoua la tête énergiquement en regardant la marmite et la prit des mains du professeur, sans doute pour aller la jeter, puis disparut.

- Voilà une bonne chose de faite, dit le professeur. Comme je te le disais, c’est compliqué de former des mots. Ça ne fait pas toujours ce qu’on veut.

Il courut à l’autre bout du plan de travail encombré et ramena un panier comme ceux que transportaient les boublis.
- Ces lettres sont triées par cohérence par mes chers assistants caoutchouteux. Par exemple, ils ne vont pas mettre tous les « Z » dans le même panier, ce serait absurde ! On ne peut pas faire un mot avec plusieurs « Z ». Enfin… à part Zizanie peut-être, ou Zigzag. Et puis, il faut qu’il y ait assez de voyelles, puisque, comme tu as vu, les consonnes ne sont pas capables de former des mots toutes seules !

Il tendit le panier à Hélio.
- Tiens, vas-y, prends une lettre. Ce « H » par exemple.

Hélio saisit un « H » qui faisait deux fois la taille de sa main.

- Goûte-la maintenant.
- Hein ? dit le garçon horrifié. Ça se mange ?
- Lèche-la un peu tu verras.

Il hésita mais ne voulant pas contrarier le professeur, il porta la lettre à sa bouche.
- Ça a pas de goût !
- Exactement ! exulta le professeur. Une lettre toute seule n’a aucun goût, aucun intérêt ! Un « H » sans rien derrière ne t’apprend rien ! Rien de rien ! Il faut l’associer à d’autres lettres pour qu’apparaisse la magie ! Imagine un peu si on ne parlait qu’avec des lettres ! H I O U G M K E ! S R Y T J I P W… On n’irait pas loin, n’est-ce pas ? Et maintenant, tu vas goûter ceci.

Le professeur attrapa une fiole qui contenait un liquide rose et la donna au garçon.

Hélio avala une gorgée du breuvage. C’était délicieux. Sucré, doux, parfumé. Ça lui rappelait à la fois la barbe à papa, le chocolat, la glace à la fraise avec chantilly, les caramels mous, la guimauve… Ça donnait envie d’en reprendre. Une envie irrésistible.

- Gourmandise ! s’écria-t-il soudain. Gourmand, gourmande, gourmet, goût.

C’est ce qui lui était venu à l’esprit en goûtant la boisson rose. Les mots étaient sortis tout seul.

- Bravo ! Hourra ! hurla le professeur. J’ai bien choisi, tu ne trouves pas ? Tu viens de goûter le mot « Gourmandise ». C’est un mot qui a été fabriqué à partir du mot latin Gustus qui veut dire « Goût ». Le latin n’est plus parlé aujourd’hui, et il fallait un mot pour désigner le plaisir de manger ! J’ai donc pris ce mot Gustus, et je l’ai transformé en « Gourmandise ». Quel délice… en le prononçant, on sait tout de suite que ce mot désigne une chose agréable ! Certains disent que c’est un péché, mais moi je ne trouve pas. Contrairement à la « Gloutonnerie » qui est le fait de s’empiffrer, excuse-moi d’employer ce terme… Celui-là je ne te le ferai pas goûter…

- Et gourmet ? interrogea Hélio.
- C’est un mot de la même famille que « Gourmandise » et « Goût ». Un mot a une racine, et ensuite il a toute une famille qui lui ressemble, comme toi tu ressembles à ta maman ! Enfin, je ne sais pas à qui tu ressembles, mais tu vois ce que je veux dire !
- Oui.

- Dans cette famille, il y des adjectifs, des verbes, des noms… Tout pour faire des phrases autour du goût. C’est très pratique. Maintenant, veux-tu goûter… ce mot !

Le professeur tendit au garçon une autre fiole, avec un liquide gris à l’intérieur.
À peine y eût-il trempé ses lèvres qu’il le regretta. Ça avait un goût infect, qui lui tordit le ventre et lui donna mauvaise conscience. Il se sentait mal et s’en voulait énormément.

- Culpabilité, grimaça-t-il. Je me sens Coupable mais je sais pas pourquoi…
- Le pauvre petit, intervint Lord Canterbury. C’est douloureux la culpabilité…
- Mais non mais non, c’est excitant, cria le professeur. « Culpabilité ». J’ai pris le mot latin culpa qui veut dire faute… connais-tu l’expression « mea culpa » ?
- Ma mamie dit ça des fois…
- Cela signifie « c’est ma faute ». C’est une façon de s’excuser.
- Ah !
- Mais revenons à nos moutons. J’ai ensuite ajouté un suffixe à ce mot, et c’est devenu « culpabilité ».Tu sais ce qu’est un suffixe ? On rajoute un petit mot derrière un autre et ça lui donne un nouveau sens ! Ha ha !

Il s’interrompit et leva brusquement l’index en l’air.
- Mais attention, le suffixe se place toujours à la fin d’un mot, sinon, ce n’est plus un suffixe ! Tu as compris ?
- Oui, oui.
- Bien. Culpabilité est un nom féminin qui signifie « se sentir fautif ». Culpa est donc la racine du mot, comme la racine d’une plante. La culpabilité est une des branches de cette plante. On peut ajouter le même suffixe à d’autres adjectifs pour créer des noms. Comme capable qui donne capacité. Ou agile qui donne agilité. Tu comprends ?
- Oui.
- On peut aussi leur ajouter des préfixes. Ceux-là se placent au début du mot. C’est encore plus drôle que les suffixes ! Par exemple, le préfixe « pré » justement. Il signifie avant. Si tu prends les verbes voir et sentir, et que tu leur ajoutes le préfixe « pré », ça donne ?
- Prévoir, commença Hélio, et pressentir ?

- C’est ça mon jeune ami ! De nouveaux verbes apparaissent, comme par magie !

Il se précipita alors vers un grand placard à portes vitrées, plein d’éclaboussures variées. Sur la vitre de gauche, il y avait une étiquette où on pouvait lire « préfixes », et à travers cette vitrine on voyait des fioles de toutes les couleurs portant l’inscription « » ou « par », ou encore « pré » ou « re ». La vitrine de droite était consacrée aux suffixes, « tion », « ieur », « tif », etc.

- Hé hé ! Pas besoin de réinventer, j’ajoute un peu de préfixe ou de suffixe conservé dans ce placard… Ingénieux, n’est-ce pas ? Bien, où en étais-je ? Prévoir signifie donc voir avant, autrement dit envisager les choses avant qu’elles n’arrivent.

Il écrivit quelque chose très vite sur un petit carnet qu’il sortait de sa poche.

- Tu vois, pour le verbe pressentir, on rajoute un deuxième « s », sinon, on dirait « prézentir », ça changerait tout, ha ha ha ! Et ça veut donc dire sentir à l’avance. Certaines personnes ont ce don, tu sais comme les voyantes… Allez essaie de trouver un mot avec le même préfixe.

Hélio réfléchit un instant.
- Préhistoire ! hurla-t-il. Je sais ce que ça veut dire. C’était avant, quand y avait des dinosaures !
- En fait, intervint notre ami Phil, la Préhistoire est la période qui se situe avant la découverte de l’Écriture. Ensuite, c’est le début de l’Histoire. Tu vois à quel point les mots sont importants. L’Ecriture a permis de créer un vrai langage qui a pu se transmettre. C’est un extraordinaire moyen de communication. C’est à ce moment qu’est né le pays des mots goûtus.

Il était beaucoup plus drôle d’apprendre des choses avec ces deux-là plutôt qu’à l’école avec Madame Bolduc. Elle était gentille mais avec elle tout était toujours ennuyeux et répétitif. Et puis elle portait tout le temps d’affreux rubans dans les cheveux…

- Allez, essaie encore une fois, dit le professeur.
- Hum… Prénom ! Un prénom, c’est avant un nom de famille. Mon prénom, c’est Hélio !
- Très intéressant, mon petit. Sais-tu d’où vient ton prénom ? C’est un prénom ancien qui vient de « Hélios », le dieu grec du soleil. Tu t’appelles soleil, c’est merveilleux !
- Waouh ! C’est pour ça que ma maman m’appelle toujours son « petit bout de soleil tombé du ciel » !

- Comme c’est mignon… Bref. Tu comprends maintenant ? Chaque mot a une identité, un sens. Et une orthographe qu’il faut respecter. Imagine un peu que quelqu’un veuille t’appeler Arthur, alors que tu t’appelles Hélio. Ça ne te plairait pas je suppose ?
- Non ! Arthur c’est pas moi !
- Eh bien quand tu écris un mot avec une mauvaise orthographe, c’est pareil. Ça ne lui plait pas, ce n’est pas lui.
- Oui mais comment on retient l’orthographe si on connaît pas les mots ?
- Il faut lire mon ami ! Si tu t’intéresses aux mots, et si tu essaies de les comprendre, alors le français n’aura plus de secrets pour toi. Tu seras un crack !
- D’accord, j’essaierai, promit Hélio. Mais les mots dans les bouteilles, qu’est-ce qu’ils deviennent après ?

- Eh bien, vois-tu, des mots à boire, ce n’est pas très pratique. Et puis, comme tu l’as vu, il y en a qui ont vraiment un goût répugnant. Mais après ce n’est plus moi qui m’en occupe, j’ai déjà bien assez de travail.
- Nous allons poursuivre notre visite du pays des mots goûtus, dit Phil à Hélio. Ainsi tu connaîtras la prochaine étape de fabrication des mots. Pouvons-nous vous emprunter un Boubli-tut tut professeur ?
- Bien sûr mes amis, avec joie ! Venez par ici.

Le professeur et les deux visiteurs traversèrent le reste de l’immense pièce, croisant des dizaines de Boublis sautillants, transportant des paniers parfois plus gros qu’eux.

Soudain, arrivé près de la porte de sortie, le professeur en attrapa un par son petit bras dodu et le pria de venir avec lui. Puis il ouvrit la porte et ils se retrouvèrent tous les quatre sous une sorte de porche, où une dizaine d’engins curieux était garée. Ils ressemblaient à de spacieuses brouettes à trois roues, aménagées confortablement avec des coussins en velours rouge foncé.

- Emmène donc mes deux amis. Ils vont visiter notre beau pays, dit le professeur au Boubli.

Le Boubli secoua énergiquement la tête et fit signe à Hélio et à Phil de s’installer dans un tut tut. Ils s’exécutèrent aussitôt.

- Merci professeur, dit le garçon.
- Surtout n’oublie pas, deviens l’ami des mots, et ils te le rendront, ha ah ! À bientôt Phil, quelle joie de t’avoir revu !
- Au revoir cher ami ! répondit Phil.

Le Boubli attrapa les deux manches de la brouette et se mit à cavaler, laissant très vite derrière eux le labo-théière du professeur Expérenmot.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 4

Par Shalima • 2 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus3 blablas

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 4 -
LES PLANTES A LETTRES

- La plante à « P » fournit les « P » pour les mots qui en contiennent, expliqua le pantin.

Hélio ouvrit de grands yeux ébahis.

- Regarde bien, chaque plante produit une lettre différente. Il y a donc 26 espèces de plantes différentes de 26 couleurs différentes dans ce jardin. Elles sont dispersées dans tous les coins. La plante à « P » est rouge comme les piments , les poivrons, avec des piquants et si tu t’approches trop elle te fera éternuer comme le poivre .

- Que des mots en « P » ! cria Hélio.
- C’est cela. Et celle-ci, c’est la plante à « B ». Elle est Bleue et bizarre . Et celle-là, continua le bonhomme en se dirigeant vers la grande plante blanche, regarde comme elle est majestueuse. C’est la plante à « L ».

Hélio s’approcha et fut ébloui par l’éclat des feuilles blanches.
L » comme… réfléchit-il… lumiere !
- C’est cela même my dear ! Ou bien aussi comme lune , lampe

- Et celle-là là-bas, dit Hélio en se précipitant vers la plante grise. Elle n’est pas comme les autres, elle est plus petite et elle a l’air morte !
- Non, elle est juste timide et un peu triste. C’est la plante à « T ». Oh bien sûr il existe des mots en « T » plus joyeux. Truculent ! Troubadour ! Tourniquet ! Mais la particularité de ces plantes, expliqua la marionnette… à part leurs formes étranges… et leurs couleurs étranges aussi… et puis bien sûr le fait qu’elles produisent des lettres… Eh bien leur autre particularité, c’est qu’elles changent souvent d’apparence ! Mais viens plutôt voir par ici. Je crois qu’il y en a une là…

Déjà, la marionnette s’était engouffrée dans le jardin extraordinaire, et avait disparu sous les feuilles multicolores. Hélio, fasciné par la fleur grisâtre où trônait un « T » avachi, dut renoncer à l’envie de cueillir la lettre, et se lança à la poursuite de son nouvel ami, de peur de le perdre une nouvelle fois.

Il y avait dans cette forêt une palette de couleurs étonnantes. Du mauve, du orange, du kaki, du fuchsia. Certaines plantes étaient en dégradé, comme celle-ci, immense, dont les feuilles les plus basses étaient violettes, puis indigo, bleues, vertes, jaunes, orangées et rouges au sommet.  Arc-en-ciel pensa Hélio. Ce doit être la plante des « A », la première lettre de l’alphabet, donc l’arbre le plus vieux et le plus haut !

Lord Canterbury… Il faudrait lui trouver un surnom à celui-là quand même ! Bref. Lord Canterbury s’était arrêté et Hélio faillit l’écraser en arrivant derrière lui. Le spectacle qu’il découvrit alors était encore plus incroyable que tout ce qu’il venait de voir. Il laissa échapper un « waouh », mais le pantin l’arrêta aussitôt.

- Chut… Ne la perturbons pas, elle est en pleine métamorphose.

Une plante, plutôt  dodue, dansaitdodelinait devant eux. Tous ses « D » voletaient en l’air pendant qu’elle gigotait et changeait de couleur. Ses feuilles étaient en train de virer au marron avec des petites taches orange. Hélio se demandait en quoi elle pouvait bien se transformer. En… Dinde ? Non ! En… Disque ? Toujours pas… Peut-être en Durillon, ce vilain petit bobo douloureux sur un orteil… Non, c’était trop dégoûtant !

- Oh, j’ai trouvé ! s’écria tout à coup la marionnette. Oh oh oh, comme c’est amusant. Elle prend la couleur de la Daube ! C’est un plat provençal que l’on fait avec du bœuf, des carottes et du vin rouge. C’est un peu comme le bœuf bourguignon. C’est tout à fait de cette couleur…

Hélio ouvrit de grands yeux émerveillés. Le spectacle était fascinant. On pouvait même sentir l’odeur du bœuf.
Lorsque la couleur fut fixe, tous les petits « D » retombèrent délicatement dans leur écrin et la danse de la plante cessa.
- Voilà, dit Lord Canterbury. Elle a fini sa transformation. Elle représentait la « Danse » et maintenant c’est la « Daube ». C’est drôle n’est-ce pas ?

Tout à coup, Hélio ne put s’empêcher d’éclater de rire. Le pantin, pensant être la cause de cette hilarité, se lissa la moustache avec fierté. Mais Hélio, entre deux éclats de rire, cria :
- Ça chatouille !

En effet, derrière lui, une plante aux branches baladeuses avait glissé ses tentacules chatouilleux dans le cou du garçon.
- Ah ! fit le pantin, ce doit être la plante à « R » qui te fait rire. Quelle farceuse celle-là !

Hélio se retourna pour voir son doux agresseur, et la plante retira ses branches du cou du jeune garçon. Ensuite, elle entreprit de leur faire un spectacle rigolo. Elle leur mima d’abord un rhinoceros en tordant fabuleusement ses branches, qui prirent une teinte grise. Elle parvint même à faire les cornes de l’animal en empruntant deux epinesà sa voisine la plante à « E ». Puis, elle se mit à éternuer, envoyant des postillons comme si elle avait un rhume, et imita le son strident du reveil , en vrombissant et vibrant de toutes ses feuilles. C’était très réaliste et vraiment drôle et ils rirent de bon cœur. Elle jouait bien son rôle de plante à Rire.

Pour le clou de son spectacle, la plante fit jaillir une pluie de rouleaux de reglisse argenté, tel un feu d’artifice de bonbons que les deux amis s’empressèrent de ramasser et de manger. Hélio en fit une petite provision qu’il glissa dans une poche de son pyjama. Il n’avait encore jamais vu de réglisse argenté. Cela ne pouvait exister qu’ici.

- Bravo, dit-il en l’applaudissant.

La plante salua son public puis redevint calme.
- Eh bien maintenant je vais te présenter Francky, dit la marionnette. C’est lui qui s’occupe de ces plantes. Il sait quand elles doivent être cueillies et il connaît ce jardin comme sa poche.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
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