
J’ai fait un rêve étrange cette nuit. J’ai rêvé que j’arpentais les meilleures pâtisseries de France, à la recherche d’un gâteau Russe aussi bon que celui de mon enfance. Le fameux Russe de chez Lacote à Lannemezan. Pas un dimanche d’été chez mes grands-parents sans en déguster une part (ou deux, ou trois) en dessert. Qu’est-ce qu’on a pu s’ennuyer dans cette petite ville au bord des Pyrénées où il ne se passait jamais rien. Heureusement, ce gâteau sauvait de tout, et j’en garde un souvenir ému. Malheureusement ce Russe appartient désormais au passé, la pâtisserie a depuis longtemps fermé, et je n’ai plus jamais mangé de gâteau aussi fin et délicieux que celui-ci.
Ce n’est pourtant pas faute d’en avoir testé des concurrents, mais aucun ne lui est jamais arrivé à la cheville. Il faut dire que cette recette est particulièrement casse-gueule : de la crème au beurre et du sucre glace à ne plus savoir qu’en faire. Bien que finement relevée par de la poudre de noisette, l’écœurement n’est jamais bien loin. A priori, rien qui puisse plaire à mes papilles peu enclines au crémeux en tout genre. Mais le Russe de chez Lacote c’était autre chose, il était fondant, délicat et d’une impalpable légèreté.
Et voilà qu’à défaut d’avoir réussi à lui trouver un digne successeur, j’en suis réduite, vingt ans après, à en rêver la nuit. Même si je sais au fond que mon souvenir est sans doute bien plus beau que la meilleure des fournées de chez Lacote, je donnerai cher pour y regoûter, ne serait-ce qu’une fois, une simple bouchée.