Pour Mamisa
Par Shalima • 15 nov 2008 • Catégorie: la vie de Mamisa • Comments Off •
Ma Mamisa a demandé de ne pas pleurer… mais aujourd’hui, il m’est difficile de faire autrement.

Ma Mamisa a demandé de ne pas pleurer… mais aujourd’hui, il m’est difficile de faire autrement.

Ma grand-mère paternelle, Mamisa, est née en 1913 à Buenos Aires (Argentine) et a vécu toute son enfance à Rio de Janeiro (Brésil). Elle a perdu son père très jeune, sa mère s’est remariée et elle a été élevée par son beau-père. Sa demi-sœur Moune est née en 1925. Elle vit depuis 1937 à Casablanca (Maroc).
Je vous ai raconté les quelques mois passés en France, à l’automne 1956. Ma grand-mère et ses enfants étaient “à l’abri” (et au frais) lors des évènements de l’indépendance du Maroc à Lannemezan, tandis que mon grand-père restait fidèle au poste (et au soleil) à Casablanca.
Outre le froid lannemezannais, désormais légendaire, un autre aspect de la vie française qui a profondément marqué Mamisa, c’est l’hygiène de l’époque.
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Ma Mamisa a fêté ses 95 printemps hier. Pour la première fois depuis longtemps, elle a soufflé ses bougies sans nous, car trop fatiguée, elle n’est pas rentrée en France pour l’été, et est restée dans son petit appartement, à Casablanca. Nous avons bien évidemment pensé à elle, et nous l’avons longuement appelée au téléphone, hier soir (en prenant garde au décalage horaire, histoire de ne pas la déranger en plein Question pour un Champion !!)
Voici donc la suite des petites histoires sur sa vie…
Ma grand-mère paternelle, Mamisa, est née en 1913 à Buenos Aires (Argentine) et a vécu toute son enfance à Rio de Janeiro (Brésil). Elle a perdu son père très jeune, sa mère s’est remariée et elle a été élevée par son beau-père. Sa demi-soeur Moune est née en 1925.
Mes arrière-grands parents ont quitté provisoirement Rio en 1932, pour vivre 3 ans en Tunisie, à Tunis. En 1935, ils retournent à Rio, mais tombés amoureux de Casablanca lors d’une précédente escale, ils s’installent définitivement au Maroc. Mamisa y rencontrera mon grand-père, se mariera, aura 2 enfants et y vivra toute sa vie…
En 1956, le Maroc qui était un protectorat français réclame son indépendance. Ce sont les “évènements” de 56. Si l’indépendance est obtenue bien plus pacifiquement qu’en Algérie, les temps sont tout de même agités, et les européens un peu bousculés. Le gouverneur de Casablanca recommande donc à mon grand-père, alors vétérinaire municipal, de mettre sa femme et ses enfants à l’abri quelques temps. Ils choisiront la ville natale de mon grand-père, Lannemezan dans les Hautes Pyrénées.

Ma grand-mère paternelle, Mamisa, est née en 1913 à Buenos Aires (Argentine) et a vécu toute son enfance à Rio de Janeiro (Brésil). Elle a perdu son père très jeune, sa mère s’est remariée et elle a été élevée par son beau-père. Sa demi-sœur Moune est née en 1925.
Enfant, Mamisa était demi-pensionnaire dans l’une des 2 écoles catholiques de Rio, l’école privée “Les Soeurs de l’Assomption”. C’était une école de filles, tenue exclusivement par des religieuses. Elle s’y rendait en tram tous les jours, et en uniforme avec quelques camarades de classe. Le déjeuner se passait en silence, avec prière avant le repas, bien entendu, mais aussi lecture pendant. Haricots rouges et riz étaient au menu quasiment tous les jours.
A 10h, c’était la pause : les enfants mangeaient une banane et du pain. C’est d’ailleurs devenu une véritable habitude, Mamisa ne peut plus s’en passer et ne peut avaler une banane qu’avec un morceau de pain.

Ma grand-mère paternelle, Mamisa, est née en 1913 à Buenos Aires (Argentine) et a vécu toute son enfance à Rio de Janeiro (Brésil). Elle a perdu son père très jeune, sa mère s’est remariée et elle a été élevée par son beau-père. Sa demi-sœur Moune est née en 1925.
A cette époque, mon arrière grand-père par alliance était diplomate, il travaillait 3 ans à Rio puis passait ses 6 mois de vacances en Europe avec femme et enfants. La traversée de l’Atlantique se faisait sur un bateau de marchandises et durait 30 jours. Il y avait très peu de cabines 1ère classe, seules 2 ou 3 familles pouvaient loger sur ce bateau. Le voyage était ponctué d’escales exotiques : Bahia, Dakar, Casablanca… le temps était long à bord, mais Mamisa en garde un très bon souvenir, notamment grâce au Capitaine qui avait l’âme d’un poète et qui les charmait avec ses innombrables récits.

Toutes les bonnes choses ont une fin, paraît-il. Je confirme, cette expression idiote est malheureusement vraie.
Ma semaine chez Mamisa est passée à la vitesse de la lumière. Nous avons beaucoup ri, beaucoup parlé, ma grand-mère m’a raconté des tas d’anecdotes croustillantes sur sa vie, que je me suis empressée d’écrire dans un petit carnet. J’ai compris que mon projet un peu fou de l’été dernier, la faire revenir en France, près de nous, était une erreur. La vie de Mamisa est ici, à Casablanca, dans son petit appartement au quinzième étage, avec vue sur le parc et sur la mer. Que même seule, il y a toujours quelqu’un pour veiller sur elle. Changer de vie, à son âge, ce serait lui faire perdre sa force, son indépendance. Même si ça me fend le coeur de la savoir si loin, et de la voir si peu.
Mon dernier jour à Casa, mercredi, après une éprouvante expédition chez le dentiste, nous sommes allées déjeuner chez sa sœur et son ami. Pour l’occasion, nous avons débouché la bouteille de champagne planquée dans ma valise et bu joyeusement à notre santé. Il en restait un bon fond, alors nous avons ramenée la bouteille avec nous, et le soir nous avons trinqué, une dernière fois, pour mon départ. Un peu pompettes, nous nous sommes prises en photo, et puis Mamisa est allée se coucher, exténuée de sa journée. Moi je suis restée seule, au salon, contemplant cet endroit qui m’est si cher, peut-être pour la dernière fois.
Ce soir-là, j’ai mis du temps à m’endormir, même si je savais que la nuit serait courte. Le réveil a sonné à 5h, je me suis habillée en vitesse. Puis Mustapha, le chauffeur de taxi est venu me chercher. J’ai embrassé ma Mamisa à peine réveillée, et je suis partie.
Assise à l’avant du taxi roulant à toute berzingue dans la ville endormie, sans ceinture de sécurité, je n’ai guère eu le temps de me laisser aller à la nostalgie, j’étais bien trop cramponnée à mon fauteuil. Mustapha m’a déposée à l’aéroport, le jour se levait à peine et il faisait gris. J’ai passé sans encombre les différentes formalités douanières, j’ai attendu longtemps dans la salle d’embarquement glacée, puis je suis montée dans l’avion. Il a décollé, presque à l’heure. Aurevoir Casa, aurevoir Mamisa. Merde, pourquoi j’ai pas pensé à prendre des mouchoirs ??

(Mamisa en 1931)

Même si votre grand-mère, du haut de son mètre cinquante et de ses quarante kilos toute mouillée a un sacré coup de fourchette, même si vous êtes dans un pays dont la réputation gastronomique n’est plus à faire, vous pouvez, avec un peu d’habileté, ne pas prendre de poids, voire même perdre un peu de tour de taille après un simple séjour d’une semaine.
Il ne s’agit pas pour autant de vous priver de toutes les douceurs que vous ne manquerez pas de trouver dans votre assiette : couscous, tajine de mouton ou de poulet, harira, crêpes arabes, ou encore cornes de gazelle et macarons, vous pourrez en manger, en toute quiétude. Ne refusez pas non plus le traditionnel thé à la menthe – 25 morceaux de sucre par théière – non seulement vous froisseriez votre hôte, mais en plus cela ne vous serait d’aucune utilité.
Inutile non plus de vous astreindre à plusieurs séances de sport quotidienne, ou à de longues marches forcées. Vous pouvez vous contenter de vous reposer, de faire la sieste tous les après-midis, et de prendre le soleil sur votre balcon, copieusement enduite de crème solaire et en lisant un bon livre. A la rigueur, vous pouvez vous contenter de pratiquer les 5 Tibétains tous les matins, mais uniquement dans l’optique d’avoir suffisamment d’énergie pour ne pas piquer du nez dans votre assiette dès que le soleil sera couché.
Non, la seule et unique méthode qui marche, la seule qui vous permettra de rentrer en France sans être obligée de changer de garde-robe, c’est de choper la traditionnelle, et inévitable TOURISTA.
Tourista que, malgré vos précautions, vous ne pouvez éviter d’attraper à chacune de vos visites chez votre bien aimée grand-mère. Vous avez beau ne consommer que de l’eau en bouteille, réduire votre consommation de fruits, vous n’y échappez pas, c’est systématiquement automatique, ou automatiquement systématique, aux alentours du 5ème jour, paf, la voilà.
Et ne venez pas vous plaindre que cela arrive pile le matin où vous avez décidé d’arpenter les souks avec votre guide Malika, ou que cela vous oblige à vous mettre à la semi-diète juste le jour où vous avez dévalisé la meilleure pâtisserie de la ville. Non, ne vous plaignez pas. C’est comme ça. Et puis, au moins, le jeans qui vous a coûté les yeux de la tête et dont l’achat a menacé l’équilibre budgétaire de votre doux foyer, même après une semaine d’agapes marocaines, vous pouvez encore le fermer. Et toc.
(Cette petite plaisanterie m’a suivie jusqu’à Romans, le pays de la raviole où je n’ai fait que boire du coca. Et comme vous pouvez vous en douter, l’annonce de mon prix n’a rien arrangé à mes ennuis gastriques. Oenobioldiet battu à plate couture !!!!)