
Le jour du gala de danse fait partie de mes journées préférées.
J’aime préparer méticuleusement toutes nos affaires, repasser, étiqueter et ranger sur cintres nos costumes. J’aime vérifier que rien ne manque, ni maquillage, ni épingles à cheveux, ni laque.
J’aime arriver au théâtre vers onze heure, et commencer à préparer les coulisses. Positionner les portants, fixer au mur les noms des groupes, les panneaux silence à l’approche du plateau, la conduite du spectacle aux quatre coins des coulisses.
J’aime quand les élèves commencent à arriver, fébriles, excités, un peu inquiets. J’aime ce joyeux bazar où chacun finit de se préparer, quand les plus petits courent partout, et les plus grandes se pomponnent. J’aime quand tout ce petit monde enfin monte sur scène car on commence toujours la répétition générale par le final.
J’aime ensuite le filage, quand chacun passe à son tour, quand la tension monte, les cris parfois fusent. J’aime aussi que tout finisse par rentrer dans l’ordre et que la professeur lâche, soulagée “bon, vous me la faites comme ça ce soir et ce sera parfait !”.
Et puis j’aime rentrer pour une petite heure chez moi, la douche rapide, le semblant de dîner que je n’arrive jamais à avaler, puis le retour au théâtre le ventre noué, en regrettant de ne pas avoir pris le temps de me reposer un peu.
J’aime quand les loges bruissent à nouveau, quand les spectateurs affluent en masse dans le hall, quand on réquisitionne le plus de volontaires possible à la billetterie, à l’ouverture des portes et pour déloger gentiment les parents des coulisses.
J’aime un peu moins quand les lumières s’éteignent et que je me retrouve seule devant le grand rideau, avec un discours à prononcer.
Heureusement, ça ne dure jamais longtemps, et enfin le spectacle peut commencer.
J’aime jouer les régisseuses, suivre les ordres de la professeur et synchroniser les passages des différents groupes. Courir entre les coulisses et les loges. J’aime me glisser entre les pendrillons pour regarder mes Korrigans danser.
Et puis j’aime quand vient mon tour. J’aime plus que tout ce moment-là, rentrer sur scène, aveuglée par les projecteurs, la musique si forte, le public que l’on devine à peine, et puis le cœur qui bat, et les pas qui s’enchaînent. Un premier passage sur scène, puis un second. J’aime changer de costume dans la précipitation, avoir peur de manquer de temps et y arriver toujours, avec un peu d’avance, même.
J’aime aussi l’entracte, alors qu’on n’a même pas le temps de souffler, car il faut aller prêter main forte à la buvette, prise d’assaut.
Et j’aime quand reprend la seconde partie, remonter encore sur scène, une troisième puis une quatrième fois. J’aime voir que tout se déroule à merveille, même si ça va toujours trop vite, même si c’est toujours trop court, même si le final arrive alors qu’on a l’impression que le spectacle vient à peine de commencer.
J’aime même quand le rideau retombe, que l’on se félicite tous, et qu’il faut tout ranger. Défaire les loges, trier les costumes, se les répartir pour les laver. Passer un coup de balai, et se retrouver enfin, à minuit passé, dans le grand hall pour boire un verre bien mérité. Et rentrer chez moi, épuisée, heureuse et un peu triste à la fois. J’aime ôter la tonne de maquillage et de laque dont je suis recouverte, prendre une dernière douche, et me coucher, enfin, les cheveux humides sur l’oreiller, encore énervée, déjà nostalgique, mais sombrer tout de même dans un sommeil profond.
J’aime cette journée qui clôture une année de travail et qui pourtant passe plus vite que le temps d’un rêve. Je ne m’en lasserai jamais, je crois.












(photos Sébastien Stolz)