
Parmi mes petites phobies du quotidien, il y a la Poste. Je déteste la Poste.
Résultat, je repousse toujours sans cesse le moment de devoir m’y rendre. Rien ne m’agace plus que de devoir aller perdre mon temps au guichet, affronter l’inévitable – et interminable – file d’attente, le sourire peu amène du ou de la préposé(e), le boulet du jour qui paye ses timbres de collection en pièces d’un centime, ou qui demande un virement dont le montant dépasse forcément le plafond autorisé mais pleure qu’il lui faut ses sous tout de suite, là, maintenant. Ah que je les déteste ces boulets. À croire qu’ils choisissent exprès le moment où je n’ai plus le choix et où je finis par me rendre contre mon gré au bureau de poste, rien que pour m’embêter.
Sauf qu’il ne faut jamais oublier qu’on est toujours le boulet d’un autre. Toujours.
Genre moi, l’autre jour, je devais envoyer une douzaine de magazines aux heureux gagnants du concours Doolittle. J’avais tout bien préparé à l’avance, pesé chaque enveloppe et checké les tarifs sur le site internet. Peu avant la fermeture, me voilà au centre de tri. Devant moi, deux personnes. Et un préposé au guichet super souriant, y allant de sa petite blague pour chacun. Il fait beau, les oiseaux chantent, je suis super confiante.
Vient mon tour. Je dépose mon paquet d’enveloppes sur le guichet, le gentil préposé prend celle du dessus pour la peser. 430g, 3€15. Comme il n’existe pas de timbre à 3€15 – ce serait trop simple – grand sourire, clin d’œil, il me propose de les affranchir lui-même avec sa machine.
“Je ne le fais jamais, mais bon, il n’y a pas trop de monde, vous n’avez que 12 enveloppes, ça vous évitera de devoir coller des dizaines et des dizaines de timbres. Allez, zou, c’est parti !”
Je n’en reviens pas de ma bonne fortune, dites donc !
Sauf que.
Sauf que bien-sûr, il y a couille dans le potage. Parce que ça aurait été si simple de peser UNE enveloppe et d’imprimer DOUZE étiquettes d’affranchissement d’un coup. Mais non, le brave homme doit passer chaque enveloppe UNE À UNE. Hop une enveloppe sur la balance, valider, imprimer, coller. Recommencer. DOUZE FOIS DONC.
Avec à chaque fois une petite blagounette entre deux enveloppes. Que voulez-vous, le préposé est d’humeur badine au printemps.
Derrière moi la file d’attente s’allonge (et s’impatiente).
Enfin, il a terminé. Je ne sais déjà plus trop où me mettre vu que ça fait déjà dix bonnes minutes que je monopolise le guichet. Vite payer, vite partir. Vite.
Je lui tends ma carte bleue (celle dont je n’avais plus le code, vous vous souvenez ?)
Je tape le code (le nouveau, celui que je me suis fait tatouer sur la fesse gauche) (je blague, hein)
Code bon, mais la carte ne passe pas.
Le type se marre, et relance l’opération.
Re code. Re code bon. Re échec du paiement.
Le type rigole toujours, me demande si j’ai bien des sous sur mon compte. Vu que l’URSSAF n’est pas encore passé par là, des sous j’en ai plein, ce n’est donc pas le problème !
À ce stade de l’histoire, je veux juste mourir, il y a au moins quinze personnes qui ont envie de me lyncher, juste là, derrière moi.
Alors je dégaine mon chéquier, et je bats le record du monde de vitesse de replissage de chèque. Sans faire de faute, sans oublier de signer.
Et là, le gars me sort : “Vous voulez une facture ?”
(J’ai pris la facture)
Et je suis sortie, rouge de honte et en regardant mes pieds. L’hostilité des gens à mon égard était presque palpable. La file d’attente allait jusque dehors.
D’ailleurs, dans ma précipitation, et ma confusion, une fois sur le parking, je suis montée dans la voiture à côté de la mienne. Le vieux monsieur assis côté passager a failli avoir une crise cardiaque. Lui qui attendait sagement sa femme partie acheter des timbres, il devait se demander qu’est-ce qu’elle pouvait bien fabriquer là-dedans depuis vingt minutes !
(Plus jamais je ne m’énerve contre un boulet du guichet, vous m’entendez. PLUS JAMAIS.)