Archives de la catégorie ‘Le pays des mots goûtus’

Le pays des mots goûtus – chapitre 5

Par Shalima • 8 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus1 blabla

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté pour me présenter son premier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 5 -
UN ÉTRANGE GOSPEL

Ils s’enfoncèrent un peu dans la forêt pour rejoindre la maison de Francky, se frayant un chemin parmi les arbres, les buissons touffus et les massifs de fleurs. Tantôt on se serait cru dans une jungle tropicale, tantôt dans un sous-bois humide. Il y avait des odeurs de verdure mais aussi de lotion, de chocolat, ou de javel. Un étrange mélange. Une des plantes avait même l’odeur, ainsi que la texture d’un camembert bien fait et bien coulant…

- Ce jardin est l’endroit le plus vaste du pays des mots goûtus expliqua le petit Lord. Il est assez aisé de s’y perdre mais heureusement, nous sommes proches d’une des extrêmités.

En levant la tête, Hélio s’aperçut qu’il voyait toujours les portes flotter dans l’air. Elles étaient maintenant beaucoup plus petites que tout à l’heure, et il aurait pu croire à des étoiles s’il n’avait pas su ce que c’était. L’ensemble formait un gigantesque dôme bleu nuit illuminé de milliers de petites ouvertures. Parfois une porte se fermait et une autre s’ouvrait, mais bien sûr on ne voyait jamais personne. C’était vraiment un monde étrange.

D’ailleurs pensa soudain le jeune garçon, comment pouvait-il faire jour alors que le « ciel » reflétait la nuit noire ?
- Comment il peut faire jour en bas et nuit en haut ? demanda-t-il.
- Ici, il n’y a pas de soleil. La lumière vient du sol. C’est la forêt qui produit une énergie qui illumine le sol, mais sans jamais éblouir. Sur Terre, les plantes transforment le gaz carbonique de l’air en oxygène grâce à la lumière du soleil et à l’eau dans le sol. Ici, les plantes s’occupent de produire de la lumière. Il suffit de leur demander gentiment. C’est magique.

Juste à ce moment-là, ils virent au loin un petit groupe de drôles de personnages, pas plus grands en taille que le jeune garçon, qui semblaient chanter en chœur.
- Tiens regarde, dit Lord Canterbury. Cela tombe bien, voici un groupe de Choristes. Restons à l’écart et écoutons leur prière.

Les personnages en question portaient tous de longs cheveux, une longue barbe pour les hommes, et une sorte de toge blanche. Ils levaient les bras en l’air et les agitaient, comme possédés.

En s’approchant doucement, les deux amis parvinrent à entendre leur chant.

Ô reines,
Adorables joyaux
Prenez encore la peine
En ce jour nouveau
Par votre grâce enjouée
De nous illuminer.

Nous ne pouvons nous passer
De votre belle clarté
Alors faites-nous l’honneur
Par votre grâce enjouée
De nous illuminer.

C’était une sorte de gospel. Les choristes ne faisaient pas que chanter. Ils claquaient des doigts et dansaient frénétiquement.

- Les plantes sont très friandes de gospel expliqua Lord Canterbury. Mais attention, chaque jour, il leur faut une nouvelle chanson, elles sont capricieuses. C’est pourquoi les Choristes s’occupent à plein temps de composer et de chanter leurs poèmes. Ils adorent ça. Le soir ils écrivent, et dès le matin, ils se répartissent dans toute la forêt pour chanter. C’est une vraie communauté, ils sont des centaines et jouent un rôle essentiel. Pour eux, une journée sans chanter serait une journée gâchée, et en plus il ferait très sombre si les plantes n’avaient pas leur dose de chorale.

- Mais ils sont habillés bizarrement, non ?

- Ils ne portent que des fibres végétales, pour respecter la nature. Ici aussi il faut protéger l’environnement ! Oh, ce sont de drôles de personnages. Mais tu n’es pas au bout de tes surprises ! Viens, nous arrivons bientôt chez Francky.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 4

Par Shalima • 2 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus3 blablas

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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- CHAPITRE 4 -
LES PLANTES A LETTRES

- La plante à « P » fournit les « P » pour les mots qui en contiennent, expliqua le pantin.

Hélio ouvrit de grands yeux ébahis.

- Regarde bien, chaque plante produit une lettre différente. Il y a donc 26 espèces de plantes différentes de 26 couleurs différentes dans ce jardin. Elles sont dispersées dans tous les coins. La plante à « P » est rouge comme les piments , les poivrons, avec des piquants et si tu t’approches trop elle te fera éternuer comme le poivre .

- Que des mots en « P » ! cria Hélio.
- C’est cela. Et celle-ci, c’est la plante à « B ». Elle est Bleue et bizarre . Et celle-là, continua le bonhomme en se dirigeant vers la grande plante blanche, regarde comme elle est majestueuse. C’est la plante à « L ».

Hélio s’approcha et fut ébloui par l’éclat des feuilles blanches.
L » comme… réfléchit-il… lumiere !
- C’est cela même my dear ! Ou bien aussi comme lune , lampe

- Et celle-là là-bas, dit Hélio en se précipitant vers la plante grise. Elle n’est pas comme les autres, elle est plus petite et elle a l’air morte !
- Non, elle est juste timide et un peu triste. C’est la plante à « T ». Oh bien sûr il existe des mots en « T » plus joyeux. Truculent ! Troubadour ! Tourniquet ! Mais la particularité de ces plantes, expliqua la marionnette… à part leurs formes étranges… et leurs couleurs étranges aussi… et puis bien sûr le fait qu’elles produisent des lettres… Eh bien leur autre particularité, c’est qu’elles changent souvent d’apparence ! Mais viens plutôt voir par ici. Je crois qu’il y en a une là…

Déjà, la marionnette s’était engouffrée dans le jardin extraordinaire, et avait disparu sous les feuilles multicolores. Hélio, fasciné par la fleur grisâtre où trônait un « T » avachi, dut renoncer à l’envie de cueillir la lettre, et se lança à la poursuite de son nouvel ami, de peur de le perdre une nouvelle fois.

Il y avait dans cette forêt une palette de couleurs étonnantes. Du mauve, du orange, du kaki, du fuchsia. Certaines plantes étaient en dégradé, comme celle-ci, immense, dont les feuilles les plus basses étaient violettes, puis indigo, bleues, vertes, jaunes, orangées et rouges au sommet.  Arc-en-ciel pensa Hélio. Ce doit être la plante des « A », la première lettre de l’alphabet, donc l’arbre le plus vieux et le plus haut !

Lord Canterbury… Il faudrait lui trouver un surnom à celui-là quand même ! Bref. Lord Canterbury s’était arrêté et Hélio faillit l’écraser en arrivant derrière lui. Le spectacle qu’il découvrit alors était encore plus incroyable que tout ce qu’il venait de voir. Il laissa échapper un « waouh », mais le pantin l’arrêta aussitôt.

- Chut… Ne la perturbons pas, elle est en pleine métamorphose.

Une plante, plutôt  dodue, dansaitdodelinait devant eux. Tous ses « D » voletaient en l’air pendant qu’elle gigotait et changeait de couleur. Ses feuilles étaient en train de virer au marron avec des petites taches orange. Hélio se demandait en quoi elle pouvait bien se transformer. En… Dinde ? Non ! En… Disque ? Toujours pas… Peut-être en Durillon, ce vilain petit bobo douloureux sur un orteil… Non, c’était trop dégoûtant !

- Oh, j’ai trouvé ! s’écria tout à coup la marionnette. Oh oh oh, comme c’est amusant. Elle prend la couleur de la Daube ! C’est un plat provençal que l’on fait avec du bœuf, des carottes et du vin rouge. C’est un peu comme le bœuf bourguignon. C’est tout à fait de cette couleur…

Hélio ouvrit de grands yeux émerveillés. Le spectacle était fascinant. On pouvait même sentir l’odeur du bœuf.
Lorsque la couleur fut fixe, tous les petits « D » retombèrent délicatement dans leur écrin et la danse de la plante cessa.
- Voilà, dit Lord Canterbury. Elle a fini sa transformation. Elle représentait la « Danse » et maintenant c’est la « Daube ». C’est drôle n’est-ce pas ?

Tout à coup, Hélio ne put s’empêcher d’éclater de rire. Le pantin, pensant être la cause de cette hilarité, se lissa la moustache avec fierté. Mais Hélio, entre deux éclats de rire, cria :
- Ça chatouille !

En effet, derrière lui, une plante aux branches baladeuses avait glissé ses tentacules chatouilleux dans le cou du garçon.
- Ah ! fit le pantin, ce doit être la plante à « R » qui te fait rire. Quelle farceuse celle-là !

Hélio se retourna pour voir son doux agresseur, et la plante retira ses branches du cou du jeune garçon. Ensuite, elle entreprit de leur faire un spectacle rigolo. Elle leur mima d’abord un rhinoceros en tordant fabuleusement ses branches, qui prirent une teinte grise. Elle parvint même à faire les cornes de l’animal en empruntant deux epinesà sa voisine la plante à « E ». Puis, elle se mit à éternuer, envoyant des postillons comme si elle avait un rhume, et imita le son strident du reveil , en vrombissant et vibrant de toutes ses feuilles. C’était très réaliste et vraiment drôle et ils rirent de bon cœur. Elle jouait bien son rôle de plante à Rire.

Pour le clou de son spectacle, la plante fit jaillir une pluie de rouleaux de reglisse argenté, tel un feu d’artifice de bonbons que les deux amis s’empressèrent de ramasser et de manger. Hélio en fit une petite provision qu’il glissa dans une poche de son pyjama. Il n’avait encore jamais vu de réglisse argenté. Cela ne pouvait exister qu’ici.

- Bravo, dit-il en l’applaudissant.

La plante salua son public puis redevint calme.
- Eh bien maintenant je vais te présenter Francky, dit la marionnette. C’est lui qui s’occupe de ces plantes. Il sait quand elles doivent être cueillies et il connaît ce jardin comme sa poche.

A suivre…

(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)

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Le pays des mots goûtus – chapitre 3

Par Shalima • 1 août 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus8 blablas

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

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CHAPITRE 3
DESCENTE AU PAYS DES MOTS GOUTUS

Tout autour d’eux apparaissaient des portes. Des portes blanches, des portes rouges, des noires, des jaunes, des petites, des grandes, des doubles portes, des portes vitrées, des portes ouvertes et d’autres fermées. Elles semblaient flotter dans les airs. On ne voyait pas de plafond, pas de murs non plus. Puis soudain, les pieds d’Hélio touchèrent le sol. Sorti de sa rêverie, il vit un immense escalier devant lui.

- Voilà… dit Lord Canterbury. Le voyage t’a plu, j’espère. Maintenant je vais avoir un peu de temps pour t’expliquer ce que nous venons faire ici.
- Mais qu’est-ce que c’est que toutes ces portes ? ne put s’empêcher de demander Hélio. Et ma chambre, elle a disparu dans le tourbillon ?
- Pas de panique, my dear, tu retrouveras ta chambre à ton retour, elle n’aura pas bougé. Les portes que tu vois sont autant de portails magiques pour le pays des mots goûtus. Mais viens plutôt, je te raconterai en chemin, nous avons beaucoup de marches à descendre.

Hélio n’apercevait même pas le bout de l’escalier. Il descendait en cercle à l’infini.
Ils se mirent en route.

- Le pays des mots goûtus est l’endroit où l’on fabrique les mots. Chaque pays et chaque langue parlée dans le monde a sa propre fabrique de mots. C’est une sorte de monde caché, qui n’existe pas en même temps que le monde réel. Ici, le temps ne passe pas à la même vitesse. Rien n’est pareil ! Tout est magique, poétique !
- Et y’a que des portes ici ?
- Of course not ! Mais, vois-tu, derrière chacune de ces portes, quelqu’un a besoin d’inspiration. Et il faut bien que les mots puissent s’échapper de l’autre côté. Pour cela, les portes doivent rester entrouvertes, c’est important. Pourquoi écouterait-on aux portes si ce n’était pour y trouver l’inspiration !
- Moi j’ai pas besoin d’inspiration mais plutôt d’une formule magique pour plus faire des fautes d’orthographe.
- Vois-tu mon garçon, ce qu’il y a d’extraordinaire avec la langue française c’est qu’il suffit de s’intéresser à elle pour qu’elle devienne facile ! Pas besoin de formule magique compliquée ! Il faut essayer de la comprendre avec ton cœur et de l’apprivoiser. Alors, tu ne pourras qu’en tomber amoureux, comme moi !
- C’est pour ça que t’es venu ici ?
- Oh non mon ami, c’est plus compliqué que cela. Peu de personnes peuvent venir ici. Toi tu es un enfant, tu as de l’imagination. Assez pour croire que cet endroit existe. Si tu n’y croyais pas tu n’aurais pas pu franchir la porte. Quant à moi, il m’est arrivé une chose incroyable il y a bien longtemps. C’était à une autre époque, j’étais déjà un vieux monsieur mais pas encore en bois ! Oohh… Damned !

Le petit bonhomme venait de trébucher. Il se redressa, s’épousseta puis farfouilla dans la poche intérieure de sa veste. Il en sortit une canne télescopique qu’il déplia, et ainsi armé se remit en route.
- Que ces escaliers sont dangereux ! Well… Où en étais-je ?

Hélio étouffa un rire devant ce drôle de spectacle. Ce pantin minuscule (il lui arrivait au genou), si élégant avec son accent British et son costume trois pièces avait tout à coup l’air ridicule avec sa canne et son chapeau de travers.

- Tu disais qu’avant t’étais pas en bois. T’étais un humain ?
- C’est cela, j’étais comme toi. Quand j’avais ton âge, je suis tombé amoureux de la France. J’habitais en Angleterre où je suis né. Je rêvais de venir visiter ton pays. Mais malheureusement, j’avais le mal de mer et le bateau était la seule façon de voyager à l’époque. J’appris cette belle langue, lus Baudelaire, Rimbaud, Lamartine, de grands poètes Français. Mais il manquait quelque chose à ma vie. Un jour n’y tenant plus, je décidai de vaincre ma peur à l’aide de mon courage et de quelques savants médicaments qui me firent supporter le voyage. Quel enchantement de découvrir cette contrée merveilleuse ! Je visitai Paris, ses parcs avec ses fontaines, l’innovante Tour Eiffel… Et puis je me perdis dans sa province chatoyante. Les châteaux de la Loire, Les gorges du Verdon, la Riviera… Je flânais, un livre de poésie toujours à la main, essayant moi-même de faire des vers à voix haute, juste pour sentir le doux parfum des mots qui s’échappaient de ma bouche. Et puis un jour, me trouvant sur le seuil d’une porte donnant sur un jardin magnifique, je prononçai par hasard « la phrase magique » qui sans le savoir me mènerait dans ce charmant endroit !

Charmant endroit, c’était vite dit. Cet escalier était lugubre et donnait le tournis. Autour, tout était sombre. Les seules lumières venaient des portes entrouvertes qui dansaient comme des pampilles sur un lustre qu’on aurait bousculé.

- Tu-veux-dire-que-cette-phrase-que-j’ai-rien-compris-c’est-la-formule-magique-pour-ici-et-que-tu-la-connaissais-pas-mais-tu-l’as-dit-quand-même-par-hasard ? s’écria Hélio.
- Mmmm… Oui c’est cela, même si je ne l’aurais pas tout à fait dit ainsi !

Mais Hélio s’était arrêté en chemin pour réfléchir à cette étrange histoire et n’entendait déjà plus le petit bonhomme. Il s’élança alors dans l’escalier pour le rattraper et dans sa hâte sa pantoufle glissa sur une marche. Il tomba dans le vide.

Il tomba un long moment, puis rebondit sur une branche, puis une autre et atterrit sur un tapis de feuilles moelleux.

Quand il eut retrouvé ses esprits, Hélio découvrit autour de lui une végétation surprenante. C’était un grand fouillis de plantes de toutes formes, de toutes tailles et de couleurs différentes. Il y avait des buissons d’un rouge ardent, touffus avec des épines. Heureusement qu’il n’était pas tombé dedans ! Le tas de feuilles sur lequel était tombé le jeune garçon appartenait à une plante biscornue, dont les branches retombaient sur les côtés. Elle était d’un bleu profond. À côté se trouvait une petite plante recroquevillée sur elle, gris clair. Plus loin, une grande plante s’élevait, fière et d’un blanc éclatant.

Soudain, Hélio crut remarquer quelque chose et s’approcha d’un buisson rouge. En essayant de ne pas se piquer, il écarta les feuilles pointues de la plante, et découvrit une fleur étonnante. Ses pétales en forme de piques disposés en couronne formaient un dégradé remarquable de jaune, d’orangé et de rouge. Mais ce n’était pas ça le plus étrange. Au milieu de la fleur, comme un roi sur son trône, reposait un « P ». Oui un « P », cette lettre de l’alphabet qui vient après le « O » et avant le « Q » ! Hélio voulut se rapprocher pour mieux voir, mais il entendit des cris derrière lui.

- Sapristi ! criait le pantin désarticulé à force de courir. Tu n’as rien ? Que ces escaliers sont dangereux…
- Non, non, mais viens voir ces fleurs comme elles sont bizarres…
- God ! Quelle cavalcade ! Nous ne devions pas commencer par là… Mais enfin.
- Regarde, insista Hélio, regarde la fleur, il y a un « P » au milieu !
- Bien sûr cher ami, il s’agit de la plante à « P ».

A suivre…

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Le pays des mots goûtus – chapitre 2

Par Shalima • 26 juil 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus5 blablas

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio le saltimbanque vous plairont aussi !

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CHAPITRE 2
LORD PHILIP FRANCIS CANTERBURY

À 8 h, Hélio ouvrit les yeux, se redressa sur son lit et s’étira. Il tourna soudain la tête et vit une chose étrange. La poupée de sa grand-mère se tenait debout, droite comme un « i » au milieu de la chambre. En plus, ses vêtements et son chapeau hier poussiéreux étaient maintenant chatoyants et impeccables. Hélio fronça les sourcils. Elle avait un air bizarre cette marionnette, un air vivant.

Soudain, après s’être raclé la gorge, la petite chose se mit à parler :
- Bonjour cher ami. Je me présente, je me nomme Lord Philip Francis Canterbury.

Les sourcils du jeune garçon étaient maintenant en accent circonflexe. Une poupée qui parlait. Vraiment, il n’y avait que Mamie Tilleul pour offrir un cadeau pareil !
- Je souhaiterais t’emmener faire un voyage.

Lord Canterbury avait un accent anglais très distingué. Il tapota un peu son costume bleu nuit à queue de pie. Dessous, il portait une chemise blanche et un gilet en velours vert foncé dans lequel il avait glissé le foulard en soie vert et prune noué autour de son cou. Il portait également des gants blancs et son chapeau était assorti à son costume. Sa petite moustache grise et emmêlée était devenue une belle moustache d’un blanc immaculé. Il ressemblait au bonhomme du Monopoly !

- Euh… commença Hélio qui ne savait pas quoi répondre. Il faut que j’aille prendre mon petit déjeuner !
- Pas la peine jeune homme, là où nous allons, tu te nourriras d’autre chose.

Voyant que la petite créature semblait déterminée, Hélio décida de la suivre par curiosité.

Par curiosité, il lui était déjà arrivé de se perdre dans l’immense jardin en suivant une fourmi, et à la fête foraine en voulant découvrir les secrets des manèges. Mais une fois de plus, son vilain défaut (en était-ce vraiment un ?) l’emporta.

Hélio sauta de son lit en enfilant ses pantoufles, et demanda :
- Où on va ?
Lord Canterbury s’était arrêté devant la porte entrouverte de la chambre.
- Le pays où nous allons est un endroit secret. Pour y entrer il faut une formule magique. Il ne faudra pas que tu cherches à la retenir, c’est important. De toute façon, elle est presque impossible à retenir, mais sait-on jamais. Il est déjà arrivé des accidents…
- C’est quoi ce pays ?
- Well… Il s’agit du pays des mots goûtous.
- Le pays des mots goutous ? répéta Hélio en pouffant de rire. Mais qu’est-ce que c’est ?
- En fait, pardonne mon accent… Il s’agit du pays des mots… (son petit visage en bois parut se déformer comme s’il s’apprêtait à faire un effort surhumain)… goû-tus. C’est extrêmement difficile à prononcer. Mais c’est un si joli mot.
- Et ça veut dire quoi ?
- Qui a du goût bien sûr ! C’est le pays où les mots ont une saveur inoubliable. Là-bas, ils se goûtent comme des gâteaux.
Le garçon ouvrit de grands yeux pleins d’envie.
- Alors on va aller manger des mots ! Chouette ! dit-il en ouvrant la porte et en courant dans le couloir. Vite j’ai faim !
Lord Canterbury s’éclaircit la voix.
- Reviens, jeune garnement ! cria-t-il. Ce n’est pas si loin… Reviens ici.

Intrigué, Hélio revint sur ses pas.
- Bien bien, continua la marionnette. Le pays des mots goû-tus se trouve dans l’entrebâillement de chaque porte. Nous allons donc nous y rendre par la porte de ta chambre !

Le pantin s’apprêtait à prononcer la formule magique, mais en voyant l’air interloqué d’Hélio, il expliqua :
- Ne t’en fais pas, je t’expliquerai en chemin tout ce que tu veux savoir sur l’endroit où nous allons, mais il faut d’abord passer de l’autre côté de la porte. Ce n’est pas très recommandé de parler ici… Well, es-tu prêt ?
- Je crois, répondit timidement Hélio.
- En route, my dear ! lança Lord Canterbury.

Il s’éclaircit à nouveau la voix, puis déclama sa phrase magique :
- La langue française est si belle, ses mots si goûtus, que je me noie dans l’océan de son vocabulaire exquis, repu de tant de mets gracieux résonnants à mes oreilles tels des mélodies enivrantes.

Tandis qu’Hélio se demandait ce que pouvait bien vouloir dire cette phrase étrangement longue et compliquée, le sol se mit à trembler, et tout son corps se souleva. Il sentit son estomac le chatouiller et une délicieuse sensation l’envahir. L’apesanteur. À côté de lui, le petit personnage se mit à rire.

- Ça fait toujours drôle la première fois !

Tout devint flou et se mit à tourner autour d’eux, et bientôt ils ne virent plus que la porte de la chambre, restée immobile. Le lit, le tapis, le bureau et tous les objets tournoyaient de plus en plus vite et au milieu de la pièce se forma un tourbillon qui menaçait de tout emporter. Mais les deux compagnons, dont les corps étaient devenus légers comme des plumes, furent alors attirés par la puissante lumière qui venait de derrière la porte. Ils furent happés par l’ouverture illuminée et Hélio dut fermer les yeux pour ne pas être aveuglé. Quand il les rouvrit, ils descendaient doucement vers l’inconnu tandis que le paysage commençait à se dessiner autour d’eux.

A suivre…

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Le pays des mots goûtus – chapitre 1

Par Shalima • 25 juil 2009 • Catégorie: À la Une, Le pays des mots goûtus8 blablas

Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio le saltimbanque vous plairont aussi !

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CHAPITRE 1
HELIO, LE CIRQUE, LA LAVANDE ET L’ORTHOGRAPHE

Hélio Saltimbanque, huit ans, était un artiste. Normal, avec des parents travaillant dans un cirque. Il dessinait, peignait, inventait, et faisait la fierté de son père et de sa mère. Mais ils n’étaient pas souvent là pour le voir, parcourant sans cesse le monde avec leur troupe itinérante.

Hélio vivait dans une grande maison entourée de champs de lavande et de mimosa, avec ses deux grands-mères. Elles passaient leur temps à bavasser et à boire le thé, c’est pourquoi on les appelait Mamie Jasmin et Mamie Tilleul. Mamie Jasmin ne buvait que du thé au jasmin, quant à Mamie Tilleul, elle ne jurait que par… le tilleul évidemment. Parfois, le soir, elles s’offraient tout de même un petit verre de Cherry, une boisson à la mode dans leur jeunesse.

Mamie Tilleul était désordonnée, rieuse, tête en l’air et folle. On pouvait penser en la voyant qu’elle venait de se lever, avec son chignon fané et ses bas mal assortis. Elle pouvait sortir faire son marché en robe de chambre et chaussures à talons.

Mamie Jasmin, elle, était tout le contraire. Grande, élégante, elle s’habillait toujours en rose. Ses cheveux étaient de couleur mauve, mis en plis de façon parfaite. On aurait dit qu’un nuage s’était posé sur sa tête.
C’était une grande dame, eh oui ! Elle avait été une célèbre journaliste, primée de nombreuses fois pour ses articles sur la langue française.

Le problème de Mamie Jasmin était que son petit-fils n’avait pas hérité de son amour pour le beau français. Ça la désolait !
Hélio ne s’intéressait pas du tout à l’école, et sa bête noire était l’orthographe. Il péchait vraiment. Il ne comprenait pas pourquoi on ne pouvait pas écrire un mot comme on voulait. « Ça revient au même si on le dit pareil ! »

Il préférait inventer des jeux et les histoires qui allaient avec. Pour ça, la grande maison était une vraie mine d’or ! On y trouvait des pièces détachées de vélos et de tracteur dans la grange, des vieilles brouettes au fond du jardin, des pots de peinture et des malles en tous genres dans le grenier. Avec tout ça il revivait les aventures de gladiateurs victorieux dans des arènes peuplées de chars à moteurs et de lions en peluche.

Pas plus tard que la semaine précédente, Hélio avait tendu à Mamie Jasmin sa rédaction, entre le gigot et la tarte aux prunes. L’institutrice, Madame Bolduc, avait demandé d’écrire un devoir sur le métier de ses parents. Et voici ce que cela donnait :

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En voyant cela, Mamie Jasmin, en bonne tragédienne, s’était exclamée, la main sur le front :
- C’est une CATASTROPHE ! Un CATACLYSME ! Un FLÉAU ! Une ABOMINATION !

S’en était suivi une avalanche de mots compliqués et quelque peu exagérés, puis au bout de cinq minutes, Mamie Tilleul était partie dans un grand éclat de rire. Elle riait toujours de tout. Elle riait toujours à retardement. Cela ne manqua pas d’énerver Mamie Jasmin, qui ne badinait pas avec l’école et surtout pas avec l’orthographe.

- Mais enfin ! s’emporta-t-elle, ses cheveux mauves virant au pourpre. La langue française est si EEEEXXtraordinaire ! C’est une des plus belles langues du monde, peut-être LA plus belle ! Et tellement riche, tellement passionnante ! Ô rage ! Ô désespoir ! Si personne n’en prend plus soin, que se passera-t-il ? Elle finira en langue morte, comme le latin ! Et nous parlerons tous une sorte de franglais répugnant ! OoOoohh ! Tous ces jeunes parlent et écrivent tellement mal de nos jours ! Alors que notre belle langue a une mélodie si délicate, si sophistiquée !

Sur cette tirade dramatique, Mamie Tilleul était partie cueillir de la lavande en pouffant, et Hélio, tout penaud, avait disparu dans sa chambre. Il n’aimait pas décevoir sa grand-mère. Cela le rendait profondément triste.

Mamie Jasmin de son côté, se mit à réfléchir sérieusement. Il était temps d’agir.

Ce soir-là, juste au moment où Hélio allait fermer les yeux, Mamie Tilleul fit grincer la porte de la chambre en entrant. Elle tenait une chose bizarre dans la main.

Elle s’approcha du lit et se pencha, les mains derrière le dos.

- Ne sois pas trop triste mon garçon, chuchota-t-elle à moitié hilare, tu es un bon petit. Tout le monde ne peut pas être doué pour tout. Et puis tu verras ça s’arrangera. Elle fait son cinéma la Jasmin, mais moi je sais que tu vas faire des progrès.

La vieille dame ne disait pas souvent grand chose, mais elle était toujours confiante. On eût dit qu’elle avait un don pour sentir les choses et rassurer les gens. Ou peut-être était-ce sa douce folie qui les mettait en confiance.

Elle tendit ensuite à son petit-fils ce qu’elle cachait derrière son dos et ajouta en ricanant :

- Tiens, c’est pour te consoler. Je l’ai trouvé par terre à côté de la chambre de ta grand-mère. Elle voulait sans doute la jeter, mais je suis sûre qu’elle peut encore servir.

Hélio se redressa et regarda la chose que lui proposait sa grand-mère. C’était une sorte de poupée, ou de marionnette en bois, avec une grosse tête toute ronde, un chapeau poussiéreux, une moustache très emmêlée, et des vêtements d’un autre temps. Le garçon éternua à cause de la poussière. Il n’y avait que Mamie Tilleul pour offrir un « cadeau » pareil. Il n’y avait qu’elle aussi qui parvenait à chanter, la tête sous l’eau dans son bain, sans jamais avaler d’eau. Sacrée Mamie Tilleul !

Hélio fit un sourire un peu tordu à sa mamie, les yeux lui piquaient à cause de la poussière, et la remercia. Quand elle fut partie, il jeta la poupée loin de lui et s’endormit.

A suivre…

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