
Franchement, on ne peut pas trop se plaindre, dans la famille Korrigan, on est quand même tombés sur la bonne pioche. C’est vrai, quoi, nos trois loustics sont plutôt sympas, on peut les trimballer partout avec nous sans trop de soucis, ils sont polis, souriants, attentifs à ceux qui les entourent et ils disent même bonjour à la dame.
Non, vraiment, on se dit qu’on n’a pas trop trop mal fait notre boulot.
Enfin ça, c’est surtout à l’extérieur. Parce qu’en famille, à l’abri des regards, c’est malheureusement une toute autre histoire. On oublie les jolies images d’Épinal et on plonge direct dans l’ambiance Guerre des Boutons première génération. Je sais que ça peut étonner ceux qui les connaissent “pour de vrai”, mais il suffit que l’on soit à la maison, et là, les gentils Mogwaï se transmutent en vilains Gremlins qu’on aurait nourri après minuit.
Chez nous, c’est bien simple, c’est le règne du chacun pour soi, la guerre des tranchées et qui aura le dessus sur l’autre, ou le dernier yaourt à la vanille.
Rien que de très normal au sein d’une fratrie, me direz-vous ? Vous avez certainement raison, chacun défend sa place et ne veut pas se laisser bouffer, mais moi, ça m’épuise ! J’aimerais tant qu’il y ait un peu plus de sérénité, à défaut de fraternité, entre mes trois amours. Moins de disputes. Moins d’alliances toi et moi contre le troisième, alliances qui tournent au gré des heures, du vent, ou tout autre mystérieux paramètre d’ailleurs…
Remarquez que je ne demande pas forcément plus de complicité entre eux, parce qu’on n’est pas à un paradoxe près, mes Korrigans passent leur temps à se bouffer le nez, c’est un fait, mais dès qu’il s’agit de faire cause commune contre, au hasard, les parents, ah ça, il y a du monde, je peux vous le garantir ! Comme quoi tout n’est sans doute pas perdu.
Après tout, il faut bien que jeunesse se passe, et quand je vois la complicité qui m’unit désormais à mes deux frangibi, après des années de baston et de joutes verbales peu amènes, je me dis que c’est sans doute un passage obligé. Usant pour nos nerfs, mais inévitable…
Allez, maintenant ça suffit, chacun dans sa chambre, ou je vous préviens, j’en prends un pour taper sur l’autre !!!