Ici et maintenant
Par Shalima • 14 déc 2010 • Catégorie: À la Une, danse • 23 blablas •
Ces temps-ci, je lis “Mange, prie, aime” le best-seller d’Elizabeth Gilbert, qui a été adapté récemment au cinéma avec Julia Roberts en tête d’affiche. Je ne sais pas ce que vaut le film, je ne l’ai pas vu, mais le livre est ce qu’on appelle de la vraie lecture de gonzesse. Il n’y a pas de quoi pavoiser, ni même en écrire un article de blog tant ce pavé est plutôt mal écrit (traduit ?) et dégouline de bons sentiments. Disons, pour ma défense, que sa lecture, le soir, sous la couette, fait bien la blague face à Grazia. Ça m’assomme me détend, et me permet de passer une nuit pas trop mauvaise.
Pourtant l’autre soir, j’en étais à me demander si j’allais continuer à lire ce livre. L’héroïne m’agace un peu avec ses atermoiements sans fin, et ses non-péripéties gustativo-spirituelles ne me passionnent pas plus que ça. Pourquoi donc perdre du temps à lire quelque chose de plutôt médiocre quand il y a tout plein d’autres bouquins certainement meilleurs qui attendent patiemment leur tour sur ma table de chevet ? J’allais lâcher l’affaire, quand un passage a fini par attirer mon attention. Liz, l’auteure, séjourne dans un ashram en Inde, et s’adonne avec difficulté à la méditation. C’est difficile pour elle car son esprit n’arrête jamais de s’agiter, ses pensées rebondissent sans répit, comme un petit singe dans les branches d’un arbre. Voilà ce qu’elle écrit : “(L’un des problèmes) de ces va-et-vient à répétition dans les méandres de ses pensées est que l’on est jamais vraiment à l’endroit où l’on est. On passe son temps à excaver le passé, ou à scruter l’avenir, mais on se repose rarement dans le moment présent.”
Et là, enfin, je me suis reconnue dans ces lignes. Parce que j’ai toujours le cerveau en ébullition, carburant de mille idées à la minute. Je vis dans le futur, où je me projète en permanence, et je ne m’arrête que pour ressasser mes souvenirs, mes remords, mes regrets. Quand par miracle j’arrive à capter l’instant présent, c’est pour l’immortaliser pour plus tard. Comme Liz (et beaucoup de monde sans doute), je n’ai pas été livrée avec le bouton pause. Épuisant. Frustrant. Mais au final, il faut croire que cette fuite en avant m’arrange un peu, c’est tellement plus facile de se planquer derrière cette espèce de sur-activité neuronale un peu stérile.
Fidèle à mes habitudes, j’ai donc pas mal gambergé sur ce passage. Et puis, au bout d’un moment, je me suis rendue compte que je dramatisais quand même pas mal. OK, j’ai un petit solex dans la tête qui carbure un peu trop, mais il m’arrive parfois d’être pleinement à ce que je fais, bien présente là où je suis. Je peux même quantifier ces plages de sérénité avec précision. Trois fois par semaine, quoi qu’il arrive, je suis ici et maintenant. Trois fois par semaine, je danse, et quand je danse, mon esprit arrête sa cavalcade. Ça marche à tous les coups, que je sois fatiguée, sur-stressée, ou dans une forme olympique. J’ai coutume de dire que danser me vide la tête, mais en fait, c’est faux, danser me pose, danser me fait profiter pleinement du moment présent. Si un jour, je devais m’arrêter, pour telle ou telle raison, il faudra que je me mette d’urgence à la méditation, comme Liz, sous peine d’imploser du cortex. Parce que ça a beau être bateau de dire ça, mais quand je danse, je vis. C’est tellement ça. Quand je danse, je suis. Et c’est déjà pas si mal, non ?












































