Comme je le craignais, l’histoire du passeport est loin d’être terminée. Elle se complique même de jour en jour.
Je rappelle brièvement les faits : je suis née en France, de parents français. Je suis mariée à un français, né en France de parents français. J’ai déjà eu en ma possession 2 cartes d’identité, et 3 passeports. J’ai un numéro de sécurité sociale depuis toujours, et je suis inscrite sur les listes électorales depuis ma majorité. Pour aller voir ma grand-mère qui habite toute l’année à Casablanca (Maroc), j’ai besoin de faire refaire mon passeport, périmé depuis 2 ans. Comme je suis une fille prévoyante, je fais ma demande fin janvier, soit 2 mois et demi avant mon départ, prévu le 10 avril.
Sauf que 3 semaines après mon dépôt de dossier, ma demande de passeport est refusée. Motif : je dois prouver ma nationalité française, car mes parents, français, sont nés à l’étranger (à l’époque un protectorat français, mais on s’en fout). Je porte un nom plus franchouille tu meurs, mais ça aussi on s’en fout. Youpi tralala.
Je fournis donc une photocopie certifiée conforme de ma carte d’identité, encore valide, et décernée par cette même Préfecture qui bloque mon dossier. Et puis j’attends. 3 semaines. Je retourne à la mairie, histoire de voir où ça en est. La secrétaire de mairie n’a pas de nouvelles. Hum. Je lui demande de se renseigner, et si possible, de faire accélérer les choses. Ça, c’était il y a 10 jours.
Hier matin, toujours rien, alors je passe de nouveau à la mairie. La secrétaire n’a reçu aucune réponse au fax qu’elle a envoyé à la Préfecture la semaine auparavant. Je lui demande donc d’appeler pour savoir ce qui pose problème. Après pas mal d’attente, elle tombe sur la personne en charge de mon dossier, qui lui explique que tant que je n’ai pas apporté la preuve de ma nationalité française, elle ne me délivrera pas mon passeport. Et la photocopie de ma carte d’identité, alors c’est quoi ?
Ah, mais ce n’est pas une preuve suffisante, Madame…
PARDON ??
J’en tombe à la renverse. Visiblement, lorsque cette même Préfecture a délivré ma carte il y a 10 ans, ils n’auraient pas fait les vérifications nécessaires qui permettraient de certifier que je suis bel et bien française. Je rétorque que c’est donc une erreur de leur part. Le ton monte. La secrétaire de mairie appelle sa collègue en renfort, qui fait venir le Maire. De son côté, l’employée de la Préfecture appelle sa responsable de service. Les 2 sommités s’engueulent, je trépigne à côté, c’est grandiose. La responsable de la Préfecture nous informe que mon épineux dossier a été transmis à Nantes, pour étude approfondie, où ils vérifient la nationalité de mes parents !! Ils ont récupéré leurs dossiers de carte d’identité et font des vérifications !!! Big Brother is watching you, tremblez madame !
J’ai beau sortir tous les arguments possibles et inimaginables, je me heurte à un mur. Je suis née en France, j’y ai toujours vécu, nom d’un chien. Droit du sol, ils ne connaissent pas, ça ne suffit pas. Je suis mariée à un français, mais ça non plus, ça ne suffit pas (après 10 ans et 3 enfants, c’est peut-être un mariage blanc, méfiance).
J’appelle mon père à la rescousse. HEUREUSEMENT, il a en sa possession un certificat de nationalité, durement arraché il y a quelques années lorsqu’il avait du lutter pour faire refaire sa carte d’identité (né à Casa, vraiment ça ne pardonne pas). Il va donc m’en faire parvenir une copie, certifiée conforme, hein, pas de blague, le plus rapidement possible. J’espère que ça suffira, parce que ma mère n’en a pas, de foutu certificat à la noix. Non pas qu’elle ne soit pas française, qu’allez-vous imaginer (parano, moi ?), juste que jusqu’à présent, elle n’en a jamais eu l’utilité.
Et si l’employée tatillonne de la Préfecture trouve que c’est encore trop peu, je lui propose de déterrer mon arrière-grand-père, ancien combattant de la guerre de 14-18, côté français, et décoré de la Légion d’Honneur. Elle n’aura qu’à nous faire des tests ADN cette morue !
Cette histoire est donc loin d’être terminée. Déjà parce que je compte signaler cette aberration administrative et la responsable de mes tracas (qui visiblement n’en est pas à son coup d’essai) directement au Préfet et au Tribunal de Grande Instance. Et ensuite, parce que même avec le certificat de nationalité de mon père, je ne suis pas encore dans l’avion. Une fois mon dossier enfin accepté (ce qu’il n’est pas encore), il y a encore des délais de fabrication de ce satané passeport.
A moins que je ne demande à être expulsée, comme une sans-papier que je suis devenue ?? (ça me fera faire des économies)
Vive la République, et vive la France !
