Le pays des mots goûtus – chapitre 3
Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio Saltimbanque vous plairont aussi !

CHAPITRE 3
DESCENTE AU PAYS DES MOTS GOUTUS
Tout autour d’eux apparaissaient des portes. Des portes blanches, des portes rouges, des noires, des jaunes, des petites, des grandes, des doubles portes, des portes vitrées, des portes ouvertes et d’autres fermées. Elles semblaient flotter dans les airs. On ne voyait pas de plafond, pas de murs non plus. Puis soudain, les pieds d’Hélio touchèrent le sol. Sorti de sa rêverie, il vit un immense escalier devant lui.
- Voilà… dit Lord Canterbury. Le voyage t’a plu, j’espère. Maintenant je vais avoir un peu de temps pour t’expliquer ce que nous venons faire ici.
- Mais qu’est-ce que c’est que toutes ces portes ? ne put s’empêcher de demander Hélio. Et ma chambre, elle a disparu dans le tourbillon ?
- Pas de panique, my dear, tu retrouveras ta chambre à ton retour, elle n’aura pas bougé. Les portes que tu vois sont autant de portails magiques pour le pays des mots goûtus. Mais viens plutôt, je te raconterai en chemin, nous avons beaucoup de marches à descendre.
Hélio n’apercevait même pas le bout de l’escalier. Il descendait en cercle à l’infini.
Ils se mirent en route.
- Le pays des mots goûtus est l’endroit où l’on fabrique les mots. Chaque pays et chaque langue parlée dans le monde a sa propre fabrique de mots. C’est une sorte de monde caché, qui n’existe pas en même temps que le monde réel. Ici, le temps ne passe pas à la même vitesse. Rien n’est pareil ! Tout est magique, poétique !
- Et y’a que des portes ici ?
- Of course not ! Mais, vois-tu, derrière chacune de ces portes, quelqu’un a besoin d’inspiration. Et il faut bien que les mots puissent s’échapper de l’autre côté. Pour cela, les portes doivent rester entrouvertes, c’est important. Pourquoi écouterait-on aux portes si ce n’était pour y trouver l’inspiration !
- Moi j’ai pas besoin d’inspiration mais plutôt d’une formule magique pour plus faire des fautes d’orthographe.
- Vois-tu mon garçon, ce qu’il y a d’extraordinaire avec la langue française c’est qu’il suffit de s’intéresser à elle pour qu’elle devienne facile ! Pas besoin de formule magique compliquée ! Il faut essayer de la comprendre avec ton cœur et de l’apprivoiser. Alors, tu ne pourras qu’en tomber amoureux, comme moi !
- C’est pour ça que t’es venu ici ?
- Oh non mon ami, c’est plus compliqué que cela. Peu de personnes peuvent venir ici. Toi tu es un enfant, tu as de l’imagination. Assez pour croire que cet endroit existe. Si tu n’y croyais pas tu n’aurais pas pu franchir la porte. Quant à moi, il m’est arrivé une chose incroyable il y a bien longtemps. C’était à une autre époque, j’étais déjà un vieux monsieur mais pas encore en bois ! Oohh… Damned !
Le petit bonhomme venait de trébucher. Il se redressa, s’épousseta puis farfouilla dans la poche intérieure de sa veste. Il en sortit une canne télescopique qu’il déplia, et ainsi armé se remit en route.
- Que ces escaliers sont dangereux ! Well… Où en étais-je ?
Hélio étouffa un rire devant ce drôle de spectacle. Ce pantin minuscule (il lui arrivait au genou), si élégant avec son accent British et son costume trois pièces avait tout à coup l’air ridicule avec sa canne et son chapeau de travers.
- Tu disais qu’avant t’étais pas en bois. T’étais un humain ?
- C’est cela, j’étais comme toi. Quand j’avais ton âge, je suis tombé amoureux de la France. J’habitais en Angleterre où je suis né. Je rêvais de venir visiter ton pays. Mais malheureusement, j’avais le mal de mer et le bateau était la seule façon de voyager à l’époque. J’appris cette belle langue, lus Baudelaire, Rimbaud, Lamartine, de grands poètes Français. Mais il manquait quelque chose à ma vie. Un jour n’y tenant plus, je décidai de vaincre ma peur à l’aide de mon courage et de quelques savants médicaments qui me firent supporter le voyage. Quel enchantement de découvrir cette contrée merveilleuse ! Je visitai Paris, ses parcs avec ses fontaines, l’innovante Tour Eiffel… Et puis je me perdis dans sa province chatoyante. Les châteaux de la Loire, Les gorges du Verdon, la Riviera… Je flânais, un livre de poésie toujours à la main, essayant moi-même de faire des vers à voix haute, juste pour sentir le doux parfum des mots qui s’échappaient de ma bouche. Et puis un jour, me trouvant sur le seuil d’une porte donnant sur un jardin magnifique, je prononçai par hasard « la phrase magique » qui sans le savoir me mènerait dans ce charmant endroit !
Charmant endroit, c’était vite dit. Cet escalier était lugubre et donnait le tournis. Autour, tout était sombre. Les seules lumières venaient des portes entrouvertes qui dansaient comme des pampilles sur un lustre qu’on aurait bousculé.
- Tu-veux-dire-que-cette-phrase-que-j’ai-rien-compris-c’est-la-formule-magique-pour-ici-et-que-tu-la-connaissais-pas-mais-tu-l’as-dit-quand-même-par-hasard ? s’écria Hélio.
- Mmmm… Oui c’est cela, même si je ne l’aurais pas tout à fait dit ainsi !
Mais Hélio s’était arrêté en chemin pour réfléchir à cette étrange histoire et n’entendait déjà plus le petit bonhomme. Il s’élança alors dans l’escalier pour le rattraper et dans sa hâte sa pantoufle glissa sur une marche. Il tomba dans le vide.
Il tomba un long moment, puis rebondit sur une branche, puis une autre et atterrit sur un tapis de feuilles moelleux.
Quand il eut retrouvé ses esprits, Hélio découvrit autour de lui une végétation surprenante. C’était un grand fouillis de plantes de toutes formes, de toutes tailles et de couleurs différentes. Il y avait des buissons d’un rouge ardent, touffus avec des épines. Heureusement qu’il n’était pas tombé dedans ! Le tas de feuilles sur lequel était tombé le jeune garçon appartenait à une plante biscornue, dont les branches retombaient sur les côtés. Elle était d’un bleu profond. À côté se trouvait une petite plante recroquevillée sur elle, gris clair. Plus loin, une grande plante s’élevait, fière et d’un blanc éclatant.
Soudain, Hélio crut remarquer quelque chose et s’approcha d’un buisson rouge. En essayant de ne pas se piquer, il écarta les feuilles pointues de la plante, et découvrit une fleur étonnante. Ses pétales en forme de piques disposés en couronne formaient un dégradé remarquable de jaune, d’orangé et de rouge. Mais ce n’était pas ça le plus étrange. Au milieu de la fleur, comme un roi sur son trône, reposait un « P ». Oui un « P », cette lettre de l’alphabet qui vient après le « O » et avant le « Q » ! Hélio voulut se rapprocher pour mieux voir, mais il entendit des cris derrière lui.
- Sapristi ! criait le pantin désarticulé à force de courir. Tu n’as rien ? Que ces escaliers sont dangereux…
- Non, non, mais viens voir ces fleurs comme elles sont bizarres…
- God ! Quelle cavalcade ! Nous ne devions pas commencer par là… Mais enfin.
- Regarde, insista Hélio, regarde la fleur, il y a un « P » au milieu !
- Bien sûr cher ami, il s’agit de la plante à « P ».
(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)
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♥ gribouillé par Shalima le 1 août 2009
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ouh la la ! il faut que je dise aux enfants de se connecter sur ton blog pour que Mamie ou Papy leur lise la suite…. vive les vacances chez les grands-parents !!! (les parents, eux, sont seuls, en tête à tête : des vacances aussi, quoi !)
Tout est calme dans ma maison, je peux lire tranquillement et savourer, j’adore !!!!
C’est une drôle de sensation de voir ses mots publiés, et de voir que des gens aiment mon histoire. C’est vraiment très agréable !
Oh la la, je pars demain pour 15 jours de vacances sans connexion internet !!!
C’est pas possible, je vais pas pouvoir attendre pour connaitre la suite !
Merci beaucoup pour cette belle découverte, j’adore!!!! Je trouve l’idée du scénario fabuleuse et c’est super bien écrit! J’ai vraiment hâte d’être à samedi prochain pour lire la suite….Mais on peut peut-être déjà l’acheter quelque part ce livre non?
Ah mais non c’est vrai y’a encore un chapitre demain! Chouette!!!!!;-))
Elle donne trop envie de connaitre la suite cette histoire! Trop joli, et autant pour les grand que pour les plus jeune. J’adore! Vivement sa sortie en librairie! A quand?
Je me permets de répondre à Butterfly et à Marlène : Mon histoire n’a pas encore trouvée d’éditeur, et j’en cherche un ! J’espère que ce passage par le blog de Shalima m’aidera…