Le pays des mots goûtus – chapitre 2
Oriane Rousset est auteure d’histoires pour enfants. Elle m’a contacté le mois dernier pour me présenter son dernier roman jeunesse : Le Pays des Mots Goûtus. Emballée par cette histoire, je lui ai proposé de la publier sur mon blog, au rythme d’un chapitre chaque samedi et chaque dimanche, façon saga de l’été à la sauce blog, jusqu’au mois de septembre. C’est pour les enfants, mais nous espérons toutes les 2 que les aventures d’Hélio le saltimbanque vous plairont aussi !

CHAPITRE 2
LORD PHILIP FRANCIS CANTERBURY
À 8 h, Hélio ouvrit les yeux, se redressa sur son lit et s’étira. Il tourna soudain la tête et vit une chose étrange. La poupée de sa grand-mère se tenait debout, droite comme un « i » au milieu de la chambre. En plus, ses vêtements et son chapeau hier poussiéreux étaient maintenant chatoyants et impeccables. Hélio fronça les sourcils. Elle avait un air bizarre cette marionnette, un air vivant.
Soudain, après s’être raclé la gorge, la petite chose se mit à parler :
- Bonjour cher ami. Je me présente, je me nomme Lord Philip Francis Canterbury.
Les sourcils du jeune garçon étaient maintenant en accent circonflexe. Une poupée qui parlait. Vraiment, il n’y avait que Mamie Tilleul pour offrir un cadeau pareil !
- Je souhaiterais t’emmener faire un voyage.
Lord Canterbury avait un accent anglais très distingué. Il tapota un peu son costume bleu nuit à queue de pie. Dessous, il portait une chemise blanche et un gilet en velours vert foncé dans lequel il avait glissé le foulard en soie vert et prune noué autour de son cou. Il portait également des gants blancs et son chapeau était assorti à son costume. Sa petite moustache grise et emmêlée était devenue une belle moustache d’un blanc immaculé. Il ressemblait au bonhomme du Monopoly !
- Euh… commença Hélio qui ne savait pas quoi répondre. Il faut que j’aille prendre mon petit déjeuner !
- Pas la peine jeune homme, là où nous allons, tu te nourriras d’autre chose.
Voyant que la petite créature semblait déterminée, Hélio décida de la suivre par curiosité.
Par curiosité, il lui était déjà arrivé de se perdre dans l’immense jardin en suivant une fourmi, et à la fête foraine en voulant découvrir les secrets des manèges. Mais une fois de plus, son vilain défaut (en était-ce vraiment un ?) l’emporta.
Hélio sauta de son lit en enfilant ses pantoufles, et demanda :
- Où on va ?
Lord Canterbury s’était arrêté devant la porte entrouverte de la chambre.
- Le pays où nous allons est un endroit secret. Pour y entrer il faut une formule magique. Il ne faudra pas que tu cherches à la retenir, c’est important. De toute façon, elle est presque impossible à retenir, mais sait-on jamais. Il est déjà arrivé des accidents…
- C’est quoi ce pays ?
- Well… Il s’agit du pays des mots goûtous.
- Le pays des mots goutous ? répéta Hélio en pouffant de rire. Mais qu’est-ce que c’est ?
- En fait, pardonne mon accent… Il s’agit du pays des mots… (son petit visage en bois parut se déformer comme s’il s’apprêtait à faire un effort surhumain)… goû-tus. C’est extrêmement difficile à prononcer. Mais c’est un si joli mot.
- Et ça veut dire quoi ?
- Qui a du goût bien sûr ! C’est le pays où les mots ont une saveur inoubliable. Là-bas, ils se goûtent comme des gâteaux.
Le garçon ouvrit de grands yeux pleins d’envie.
- Alors on va aller manger des mots ! Chouette ! dit-il en ouvrant la porte et en courant dans le couloir. Vite j’ai faim !
Lord Canterbury s’éclaircit la voix.
- Reviens, jeune garnement ! cria-t-il. Ce n’est pas si loin… Reviens ici.
Intrigué, Hélio revint sur ses pas.
- Bien bien, continua la marionnette. Le pays des mots goû-tus se trouve dans l’entrebâillement de chaque porte. Nous allons donc nous y rendre par la porte de ta chambre !
Le pantin s’apprêtait à prononcer la formule magique, mais en voyant l’air interloqué d’Hélio, il expliqua :
- Ne t’en fais pas, je t’expliquerai en chemin tout ce que tu veux savoir sur l’endroit où nous allons, mais il faut d’abord passer de l’autre côté de la porte. Ce n’est pas très recommandé de parler ici… Well, es-tu prêt ?
- Je crois, répondit timidement Hélio.
- En route, my dear ! lança Lord Canterbury.
Il s’éclaircit à nouveau la voix, puis déclama sa phrase magique :
- La langue française est si belle, ses mots si goûtus, que je me noie dans l’océan de son vocabulaire exquis, repu de tant de mets gracieux résonnants à mes oreilles tels des mélodies enivrantes.
Tandis qu’Hélio se demandait ce que pouvait bien vouloir dire cette phrase étrangement longue et compliquée, le sol se mit à trembler, et tout son corps se souleva. Il sentit son estomac le chatouiller et une délicieuse sensation l’envahir. L’apesanteur. À côté de lui, le petit personnage se mit à rire.
- Ça fait toujours drôle la première fois !
Tout devint flou et se mit à tourner autour d’eux, et bientôt ils ne virent plus que la porte de la chambre, restée immobile. Le lit, le tapis, le bureau et tous les objets tournoyaient de plus en plus vite et au milieu de la pièce se forma un tourbillon qui menaçait de tout emporter. Mais les deux compagnons, dont les corps étaient devenus légers comme des plumes, furent alors attirés par la puissante lumière qui venait de derrière la porte. Ils furent happés par l’ouverture illuminée et Hélio dut fermer les yeux pour ne pas être aveuglé. Quand il les rouvrit, ils descendaient doucement vers l’inconnu tandis que le paysage commençait à se dessiner autour d’eux.
(Ce texte est la propriété exclusive d’Oriane Rousset, protégé par le régime des droits d’auteur.
Ne pas copier ou diffuser sans son autorisation, merci.)
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♥ gribouillé par Shalima le 26 juil 2009
♥ bien rangé dans: À la Une, Le pays des mots goûtus
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La suite, la suite!!!!!!
On se prends vraiment au jeu de la lecture, en même temps, je suis une très grande lectrice donc forcement, j’accroche!!!!!!
Oui, la suite !
Dommage je peux pas prendre le pc dans le lit, vivement que le portable soit réparé
Merci encore
C’est une bonne idée de passer deux chapitres par week end. J’ai hâte de lire la suite.
C’est une belle histoire, bravo à Oriane qui a beaucoup de talent.