10 minutes au bord de l’eau
Gribouillé par Shalima • 12 juin 2008 • Rubrique: c'est beau, nostalgiiiie
(photo Bernard Jeanneau)
Avant mon congé parental, lorsque j’allais au boulot, je passais chaque jour au bord de la mer. Le matin, le midi, à 14 heures et le soir. J’aimais prendre cette route qui longe le Golfe, entre les arbres et le bleu de l’eau, au milieu des oiseaux. C’était comme le chemin des écoliers, un air de vacances toute l’année, un souffle d’air avant de retrouver mon ordi dans mon bureau surchauffé, au milieu d’informaticiens forcenés.
Au bout du port et de son champ de mâts, je traversais le bras de mer grâce au pont tournant, et à marée haute, c’était comme un jeu de savoir s’il allait être fermé ou ouvert, s’il laissait passer les bateaux, ou les voitures. Lorsqu’il était fermé (à la circulation), ça pouvait durer un bon quart d’heure. Dans le sens aller, ça valait le coup de faire un détour par le centre ville, mais dans le sens retour, non. En été, afflux des plaisanciers oblige, je pouvais me retrouver coincée 2 fois dans la journée. Ce fichu pont m’énervait, mais finalement j’aimais bien son côté pittoresque, cette parenthèse hasardeuse et poétique dans une vie active bien remplie.
Ce midi, je suis allée déjeuner avec A., une ancienne collègue. En 8 ans, A. est devenue une bonne amie et j’ai plaisir à la revoir régulièrement, même si trop rarement à mon goût, nous suivons chacune notre route, et le temps passe trop vite. Nous sommes retrouvées dans notre crêperie fétiche, la cantine des copines des temps glorieux de feu notre webagency. La patronne est une allemande adorable qui me reconnaît toujours, même si je n’y vais plus guère qu’une à deux fois par an. Elle m’amuse car elle me demande systématiquement des nouvelles de Mamzelle, elle avoue avoir flashé sur le prénom et l’air mutin de ma fille.
Après ce sympathique déjeuner, où nous avons parlé de nos projets respectifs, échangé des nouvelles de nos connaissances communes et piapiaté de bon coeur autour d’une bollée de cidre, chacune est repartie vaquer à ses occupations. Sur le chemin du retour, toute à mes souvenirs, j’ai décidé de passer devant mon ancien bureau désormais occupé par une autre entreprise, puis j’ai pris la route du pont. Un panneau lumineux affichait clairement la couleur, il était fermé.
Je me suis quand même engagée dans la file de voiture, et quand je n’ai plus pu avancer d’un mètre, pare-choc contre pare-choc, j’ai fait comme les autres, j’ai coupé mon moteur. J’ai baissé le son de la radio, j’ai ouvert ma fenêtre, laissé entrer le vent et j’ai humé l’air salin. Une bouffée de nostalgie m’a submergée. En voyant les mâts des bateaux couper le pont en deux devant mes yeux, je me suis rappelée du temps si loin, si proche, où je travaillais. De mes copines de bureau. De la bonne ambiance d’alors. Des projets intéressants. Des pauses de midi au bord de l’eau. C’était avant le dépôt de bilan, avant la reprise foireuse, avant le licenciement final. Je me suis dit que j’avais eu de la chance de connaître ça. Mon boulot me plaisait, j’y étais bien. Avant.
10 minutes ont passé, le pont s’est refermé, la barrière s’est relevée, j’ai redémarré et j’ai repris le cours de ma vie. Je crois que je suis prête à retravailler. Bientôt.
Gribouillé par Shalima le Jeudi 12 juin 2008 à 17:35 | lu 408 fois
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et tu comptes reprendre quand ?
Je pense qu’effectivement tu es prète pour reprendre une activité, maintement que les trois korrigans vont à l’école.
Est-ce-que tu cherches, et dans quel domaine?
ca fait tout bizarre de te lire , deux heures avant d’aller voir a mon ancien boulot, au bord de la baie, pour voir si je reprends du collier.
Ou pas.
ben oui t’es prête à retravailler !!! et pis t’as plein de compétences maintenant : écrivain, bloggueuse, testeuse de cosmétiques, professionnelle des produits bio, … rhaaa la la , que de choix (ps : si tu veux on échange pendant 1 an, moi je veux bien arrêter un peu!!)
je peux t’assurer après 6 semaines de reprise que coté rythme et habitudes c’est comme si je ne m’étais pas arrêtée 2 x 3 ans…
le tout c’est de ne pas y aller à contre-coeur
c’est assez incroyable, mais c’est comme une page qui se tourne.
Quand on y est prête c’est agréable au final
Je savais pas que t’avais bossé dans l’informatique!
Ceci explique cela!
C’est une page qui se tourne alors?
Ou sinon tu fais un(e) quatrième (non je n’ai pas été payée par monsieur ton époux, c’est juste pour te faire râler), et tu prends Angelina comme pseudo
Mais oui, ça te fera du bien d’avoir ta tranche de vie rien qu’à toi …
Et dire que je pense de plus en plus à m’arreter de bosser!
Je me revois, il y a 30 ans maintenant, traversant le pont sur la Nivelle en rentrant à midi pour déjeuner avant de faire 9 trous au golf de La Nivelle, ou de Chantaco le jeudi, et repartant ouvrir la boutique pour 15 h. C’étaient pas des vacances, mais c’était plutôt cool, non?
Baie de Saint Jean de Luz, Golfe du Morbihan, même combat finalement !
La Wonder Mum est plus que prête à redevenir Working Girl :))
Allez hop, un petit bilan de compétences, une page Word sur l’ordibaby pour le nouveau CV, t’es prête pour administrer tous les sites web les plus fashion de la région :))
C’est chouette le boulot de maman, depuis que j’ai repris le taf je vois Miss G. si peu que c’est duraille parfois. Mais pour avoir testé (ne serait-ce que !) 6 mois à la maison, je suis contente de mon nouveau départ, et je te souhaite le même, un boulot qui plait ça aide à accepter de voir moins nos loulous.
Et sinon tu as pensé postuler au poste de celui qui appuie sur le bouton pour actionner le pont ? :^^
Billet poétique pour une décision des plus concrètes!
Ca m’a fichu des frissons, ton récit. Je sais pas, j’ai trouvé ça beau, plein d’espoir, de bonnes promesses, je trouve.
Ca fait du bien.
Et là, j’ai un sourire un peu niais affiché sur mon visage, qui veut pas partir….
C’est plus que de la nostalgie là, purée, j’ai le bourdon
Je dois lutter très très fort pour ne pas exploser en sanglots !!!!!!!
Ouais c’était bien cette période, c’était plus que bien même, ça a duré trop peu de temps à mon goût. Je suis toujours une informaticienne forcenée mais je reste nostalgique de ce temps là. Tu m’as balladé dans cette ville qui me ramène tant de bons souvenirs.
Je me demande bien qui c’est A.
Je suis dans la même situation! Décision importante pour ton avenir et l’avenir de ta tribu! Bon courage!
Moi aussi j’ai eu beaucoup de plaisir à partager ce déjeuner, dans cet univers dans lequel nous nous sommes rencontrées.
Oui chacune trace sa route à sa façon, après avoir évolué dans un milieu professionnel enthousiasmant et prometteur, l’internet des années 2000, dans une entreprise humainement riche.
Les années ont suivi, et nous voilà l’une et l’autre, pleine d’énergie, d’envie, de vie, prête à écrire encore des nouvelles pages, à inventer les nôtres…
Et oui, je m’en souviens aussi! Après j’ai traversé le carrefour, mais c’était toujours la même route, mais pas collègues sympas… Tu vas voir pour le retour au boulot ça le fait très bien. Pour moi c’était justement dans notre regrettée Cy, après presque 6 ans d’arrêt (la collaboration avec son conjoint ça ne compte pas!).
Il est beau ton texte …
Moi à l’inverse parfois j’aurai aimé avoir le temps d’une parenthèse, dans une autre vie, galérienne je suis et resterai.
Moi au contraire, j’aimerai bien faire une pause de 3 ans, parce que dans mon boulot, ça ne va pas du tout. J’aimerai pourvoir me poser les questions de ce que j’ai envie de faire et redémarrer.Mais ce dont je suis certaine c’est que je n’aimerai pas rester indéfiniment chez moi!
Je viens de lire l’ “encart” (ça s’appelle comme ça?) sur ton genou, super! Je suis contente pour toi. Bises et bons galas.
T joli billet.
Je me reconnais pas mal dans ce que tu écris, sauf qu’il n’y a pas la mer par chez moi.
6 mois que je cherche et parfois c dur dur, mais je m’accroche.
chuis au taquet tambien, mais impossible de lâcher micro lutecegirl. Rhaa le cruel dilemme des mamans ! je me suis juré d’écrire cette année, et pas que du blog. SI tu m’envoies des commandes, je bosserais peut-être mieux avec des idées extérieures (mode largué on). Bisous.
ps : les conseils de ashley apabon. Pasque madame, c’est déjà troo tard, vos lutins sont home made et ne sont même pas nantis de noms de médicaments. Problème de variété de coloris et de collagène aussi.
T’inquietes paupiette, je suis sure que tu vas trouver un super boulot dans lequel tu t’éclateras au moins autant qu’avant !
Finalement, je ne pouvais laisser passer ce billet sans t’expliquer pourquoi je l’ai trouvé si beau.
Bien sûr, tu écris bien, mais ce n’est pas nouveau, bien sûr tu racontes bien, mais ce n’est pas nouveau non plus.
J’aime la description des lieux que je connais, de l’ambiance, et rien qu’à te lire, je sens l’iode, l’odeur de l’océan, le vent,… un moment de grâce où tout prend sens, où tout devient lumineux et où ta route se trace. la barrière qui se lève, les obstacles qui se retirent, finalement la métaphore est ce qui me parle le plus dans ce billet, et oui, je crois sincèrement que tu es prête, tant au niveau logistique, que dans ta tête, à retravailler.